FMI : se préparer au pire (Version Originale Financial Times)

mars 27, 2008

Cette note est à lire avec la plus grande attention (désolé pour l’anglais!). C’est un tournant mondial qui s’annonce…
FMI : se préparer au pire (VO)

14 mars 2008

Le FMI met les points sur les i et demande aux responsables de « penser l’impensable, » c’est à dire de se préparer à affronter les pires scénarios. Les autorités semblent prendre conscience de ce que tous les observateurs avertis, et sans doute de nombreux lecteurs de CI, entrevoient depuis déjà un certain temps. Les mécanismes du marché sont au mieux inefficaces, le plus souvent néfastes, et ne permettent pas de juguler la crise. Seule la puissance publique permettra de limiter et de contrecarrer les effets de la spirale infernale déflationniste. Reste à briser le tabou régnant depuis vingt ans parmi les élites, qui fait du marché la référence indépassable. Une course de vitesse est désormais engagée, délimitée d’une part par le temps nécessaire aux cercles des pouvoirs pour tout d’abord accepter puis effectuer une révolution culturelle, et d’autre part les mécanismes implacables de la bombe à retardement qui s’est déclenchée en août. Dans tous les cas, le coût social et politique de cette leçon de choses grandeur nature sera très élevé. Et cette dimension, loin d’être négligeable, constitue un obstacle supplémentaire à l’action résolue des pouvoirs publics. Leurs obligations du jour ne peuvent qu’infliger un désaveu cinglant à leurs complaisances passées.

Par Krishna Guha, Financial Times, 12 mars 2008

Governments might have to intervene with taxpayers’ money to shore up the financial system and prevent a “downward credit spiral” from taking hold, the International Monetary Fund said on Wednesday.

John Lipsky, the IMF’s first deputy managing director, said : “We must keep all options on the table, including the potential use of public funds to safeguard the financial system.”

The statement by the senior IMF official marks the second radical policy intervention from the IMF this year. It had previously called on governments to consider using fiscal policy to offset the impact of the credit crisis on growth.

Mr Lipsky said : “I fully recognise an appropriate role for public sector intervention after market solutions have been exhausted.”

He urged policymakers to “think the unthinkable” and prepare now for what they would do if the worst case scenarios materialised and “low probability but high impact events” threatened to jeopardise global financial stability.

He warned of the risk that a “global financial decelerator” could take hold, in which rising defaults and margin calls from lenders triggered forced asset sales, driving down the value of collateral and forcing further forced sales.

The IMF deputy managing director’s comments make it clear that the fund is open in principle to the possibility of taxpayer-funded intervention in the market for mortgage securities as well as intervention to save individual banks from bankruptcy.

Mr Lipsky warned : “The risks of further escalation of this crisis are rising and decisive policy action will be needed.”

He said this crisis was different from recent past crises because both the financial markets and the banking system “have faltered simultaneously”. The first priority had to be to reverse the “spreading strains” in global financial markets and restore the functioning of the financial system in advanced economies.

Mr Lipsky said there should be no let up in the pressure on financial institutions to disclose losses but said pressure to deleverage “needs to be kept orderly”.

He also urged banks to recapitalise to avoid shrinking their balance sheet.

Stressing that this was a global problem – not one confined to the US – he said it would have to be addressed in a “global ­context”.

Mr Lipsky said the “first line of defence” remained monetary policy and interest rates. But monetary policy was “hampered” by problems in the credit markets and “there is a risk of a broader and more intense tightening in credit conditions”.

This was why the IMF was making the case that “there is likely to be a role in some countries for stepped-up counter-cyclical macroeconomic policy measures to help support demand”. Fiscal policy was the “second line of defence”.

But Mr Lipsky said “macroeconomic policies may not be sufficient to cushion the blow if an extreme event occurs” – making it essential that policymakers prepared for the possible need to intervene.


Début du credit crunch aux USA

mars 14, 2008

Les banques US pourraient essuyer 325 milliards de pertes dans un choc « systémique d’appel de marge », selon la JP Morgan
Par Walden Siew, Reuters, 8 mars 2008

JP Morgan, qui a envoyé un avis de défaut à la Thornburg Mortgage Inc après que cette entreprise n’ait pu honorer un appel de marge de 28 millions estime que ces appels de marge et les défauts de paiement qu’ils provoquent vont s’amplifier. Un fonds d’investissement appartenant au Carlyle Group a également fait défaut sur un appel de marge de 37 millions de dollars cette semaine.
« Un credit crunch systémique est en cours, provoqué par les dépréciations de titres subprime auxquelles les banques ont procédé, » avertit ce rapport co-signé par l’analyste Christopher Flanagan. « Nous pourrions décrire cette situation comme celle d’un d’appel de marge systémique. »
La crise du crédit qui a commencé il y a environ un an va probablement s’intensifier après la publication vendredi des mauvais chiffres sur l’emploi aux USA, qui « signalent très certainement une récession », estime la JPMorgan.
Le coût de la prime de risque associée aux obligations émises par les entreprises a atteint un nouveau record vendredi, dépassant les niveaux observés en octobre 2002 lors de l’explosion des faillites qui avait suivi l’éclatement de la bulle Internet. Les employeurs US ont procédé à des réductions d’effectifs en février pour le deuxième mois consécutif, détruisant 63000 emplois, ce qui représente la plus importante baisse mensuelle depuis près de cinq ans, selon le ministère du Travail américain.
« La faiblesse des chiffres de l’emploi en février indique que l’économie est en récession » constate la JP Morgan.
Le document de la JP Morgan contient de sombres prévisions pour l’immobilier lié au subprime. La banque, prévoit que la chute des prix dans le secteur atteindra 30%, au lieu de 25% dans sa précédente prévision. Ces prix ont baissé de 14% depuis la mi-2006, indique JP Morgan.
La publication des chiffres de l’emploi aux États-Unis intervient après l’annonce par la Fed qu’elle allait augmenter le montant de ses prêts à court terme (TAF) de 100 milliards de dollars afin de rassurer les marchés du crédit. La situation des assureurs obligataires, les monolines, et leurs efforts pour garder leurs notations pèse également sur l’atmosphère des marchés.


Le quadrillage en douceur de l’Afrique

mars 14, 2008

Par *René Naba
mercredi 5 mars 2008

Africom et Eufor : sous couvert de grands principes et de sigles abscons, le quadrillage en douceur de l’Afrique

Sous couvert de grands principes, l’ingérence humanitaire et la guerre contre le terrorisme, sous couvert de sigles abscons,
à coups d’Africom au Maghreb, de « Recamp » (1) dans l’Afrique francophone ou d’Eufor dans le centre du continent(2), le
quadrillage occidental de l’Afrique se fait en douceur, face aux bouleversements géostratégiques induits par l’émergence
de la Chine dans l’ancienne chasse gardée coloniale de l’Occident et la féroce bataille qui s’y déroule pour la maîtrise des
réserves stratégiques sur le flanc méridional de l’Europe.

Sur fond d’exacerbation de la controverse publique sur les bienfaits et les méfaits de la colonisation, son « rôle positif » et
ses séquelles, les « test ADN » et les « charters de la honte » en France, l’« immigration choisie » en Europe, la percée
chinoise s’est produite d’une manière pacifique propulsée par le déficit américain, un consistant matelas financier constitué
de plusieurs milliards de dollars de bons de trésor américains sur un continent que n’obère aucun passif colonial de la Chine.

Par son impact psychologique et ses conséquences à long terme, elle est comparable à la conquête arabe de la rive
méridionale de la Méditerranée qui a brisé le monopole de la navigation et du commerce dans l’ancien « Mare Notrum » et
l’Atlantique sud, déclenchant en retour les Croisades et la colonisation du continent africain en vue de rétablir le statut quo
ante.

I – Le grand jeu occidental en Afrique face la Chine

Au prétexte de la « guerre contre le terrorisme », les Etats-Unis s’emploient à mettre sur pied spécialement pour le continent
noir un corps d’armée qui prendra le nom de « VIII eme corps d’armée » américain afin d’achever le maillage militaire de la
planète par une présence physique opérationnelle sur l’ensemble des continents. L’AFRICOM dont la création a été décidée
en 2007 aura compétence sur les 50 Etats membres de l’Union Africaine, à l’exception de l’Egypte.
Sa mission officielle est de « développer la coopération militaire avec les pays africains, d’apporter un soutien à des missions non
militaires et de mener des opérations militaires sur le continent africain si elles sont décidées par le gouvernement américain ».

L’offensive diplomatique américaine en direction de l’Afrique s’est déployée crescendo depuis deux ans, parallèlement à la
pénétration chinoise, avec l’implication croissante des grands pontes de l’administration néo-conservatrice. Le ballet diplomatique
américain a été inauguré par le Général William Cape Ward (novembre 2007 à Addis-Ababa), commandant en chef de ce corps
d’armée, suivi de John Negroponte, l’ancien proconsul américain en Irak et responsable en chef du renseignement américain, puis
de Robert Gates, le nouveau secrétaire à la Défense, enfin de George Bush.

Point culminant de cette offensive, la tournée du président américain sur le continent noir à la mi-février 2008, à moins d’un an à la
fin de son mandat présidentiel, ne semble pas avoir réduit la résistance africaine à son projet. Quatre pays sollicités – Le Ghana,
la Zambie, le Nigeria et l’Algérie- y ont même opposé une fin de non recevoir à sa proposition.

Dans ce contexte, sauf revirement de dernière minute, le choix se porterait finalement sur le Maroc très désireux d’abriter le siège
du nouveau commandement de l’armée américaine pour l’Afrique, un moyen pour le Royaume chérifien de pérenniser sa
souveraineté sur le Sahara occidental face aux revendications indépendantistes de la République Arabe Saharouie Démocratique
(RASD) soutenue par Alger.

Le choix du Maroc de servir de pivot à la nouvelle force d’intervention américaine en Afrique, s’il était confirmé, se situerait dans le
prolongement de la coopération stratégique des Etats-Unis avec les pétromonarchies du Golfe. Il viendrait en complément de la
présence au Qatar, sur le golfe arabo-persique, du QG du Centcom, le commandement central américain qui ouvre une zone allant
du Maroc à l’Afghanistan, et de la base navale de Manama (Bahrein), QG de la V ème flotte américaine pour le golfe
arabo-persique/Océan indien.

Dans le droit fil de cette coopération, le Royaume chérifien s’est toujours situé en pointe du combat pour la défense des intérêts
occidentaux sur le continent africain, un combat qu’il confond avec la survie du régime monarchique. Membre du « Safary club »
au paroxysme de la guerre froide soviéto-américaine (1948-1989), le Maroc a assuré la protection et la survie des régimes
pro-occidentaux africains, notamment le Zaïre de Mobutu et le Togo de Eyadema au sein d’une alliance secrète conclue avec les
encouragements des Etats-Unis, entre l’Arabie saoudite, qui en était le financier, la France, son stratège, et le Maroc, son
exécutant.

Ce rôle souterrain a d’ailleurs été illustré tant par les complicités françaises dans la disparition de Mehdi Ben Barka, chef de
l’opposition marocaine, que par le rôle dépotoir assumé par le Maroc pour les tyrans déchus et décrétés ipso facto indésirables
par leur ancien protecteur malgré leur état de service patenté, comme ce fut le cas avec l’asile accordé au Président zaïrois
Mobutu, répudié par la France dont il a pourtant été un zélé serviteur pendant près de trente ans.

Dans le cas d’espèce, le choix du Maroc se serait porté par défaut, après le refus de l’Algérie et du Nigeria, deux acteurs majeurs
du continent d’accueillir le QG de l’Africom. Soucieux de diversifier leurs alliances, les Etats-Unis s’étaient d’abord tournés vers
ces deux puissances émergentes d’Afrique, bien que la première soit en butte à des actions de type terroriste et le second à des
troubles claniques.

Selon des informations de presse non encore confirmées officiellement, le QG de l’Africom devrait être édifié à l’extrême sud du
Maroc dans la région de Tan Tan, à la limite des frontières du Sahara Occidental, à proximité de la bourgade de Ras Dari,
choisie pour abriter ce projet. Du fait de sa proximité des côtes atlantiques marocaines, le site offre des facilités pour l’US Navy.
Outre la base de Tan Tan, les Etats-Unis disposent au Maroc de la base aérienne de Ben Jarir, à une soixantaine de kilomètres
de Marrakech ainsi que du site-relais de VOA (Voice of America) à Tanger. Le Maroc aurait donné son accord à l’installation du
QG de l’Africom en contrepartie de substantiels avantages financiers.

Cet arrangement dans ses volets militaires et financiers expliquerait les déboires de la France dans la vente du « Rafale » que
Jaques Chirac puis Nicolas Sarkozy ont vainement tenté de vendre au Royaume. Des déboires amplifiés d’ailleurs par les
dysfonctionnements des institutions françaises qui ont fait preuve dans cette transaction stratégique portant sur l’avenir du nouvel
avion de combat de supériorité aérienne, d’un amateurisme déconcertant, se lançant dans cette aventure sans concertation, d’une
manière concurrente, l’Elysée voulant placer à tout prix l’appareil en guise de produit d’appel pour les pétromonarchies arabes et le
constructeur Dassault, en comptable méticuleux de sa trésorerie, plutôt préoccupé de conserver la maîtrise de la détermination
des prix.

Survivance d’une tradition coloniale, l’Africom était auparavant rattaché au commandement européen à Stuttgart auprès de
l’USEUCOM (United States European Command). Selon le département d’Etat, la région du Sahel, notamment le Mali et la
Mauritanie, constituerait un abri potentiel pour les activistes islamistes. Auparavant, les Etats-Unis surveillaient l’Afrique à
travers trois commandements : Central Command (CENTCOM) dont la zone de responsabilité s’étendait sur 27 pays dont sept
sont africains, le commandement européen (EUCOM), sa zone couvrant 91 Etats dont 42 sont africains, le commandement
pacifique enfin (PACOM) qui a autorité sur une zone couvrant Madagascar et les îles en périphérie de l’est du continent africain.

Si le souci proclamé des Etats-Unis est de mener une guerre planétaire contre le terrorisme, la création d’un commandement
spécifique pour l’Afrique marque aussi d’une manière sous-jacente l’implication plus marquée de l’Amérique dans la compétition
que se livrent les grandes puissances pour la conquête des marchés africains particulièrement le pétrole qui fournit 30 pour cent
de la consommation mondiale.

Dans l’attente du déploiement de l’Africom, l’administration américaine avait aménagé en 2006-2007 dans le Golfe de Guinée une
base flottante, constituée de navires à très grande vitesse (swift ship) servis par un équipage de 300-400 marins pour la surveillance
côtière le long des pays riverains : Angola, Cameroun, Gabon, Ghana, Guinée équatoriale, Liberia, Sao-Tome et Principe, Sénégal
et Nigeria.

Le dispositif américain en Afrique est complété en Afrique orientale par la co-location de la base française de Djibouti « Le camp
Lemonier », ainsi que de la base aéro-navale de Diego-garcia dans l’Océan indien, et par le nouveau rôle de gendarme confié à
l’Ethiopie dans sa répression des mouvements islamistes dans la zone, notamment en Somalie.

Le positionnement américain à Djibouti a notamment pour mission de détecter les groupes terroristes en liaison avec ceux du
Moyen-Orient. Le gouvernement américain soupçonne, en effet, l’organisation Al-Qaïda de s’être implantée en Afrique de l’est, en
particulier en Somalie qui aurait abrité, selon Washington, le comorien Fazul Abdullah Mohammed et le kenyan Saleh Ali Saleh
Nabhan, impliqués dans les attentats contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie en 1998 au cours desquels
deux cent vingt quatre personnes avaient été tuées.

Ces suspicions fondées ou non expliquent le coup de force éthiopien soutenu par les Américains contre la Somalie en 2007 ayant
débouché sur l’éviction du pouvoir du régime des « Tribunaux islamiques » à Mogadiscio. Le positionnement américain à Djibouti,
face au Golfe, permet en outre le contrôle stratégique de la route maritime qu’emprunte un quart de la production pétrolière
mondiale.

La base de Djibouti permet ainsi aux Etats-Unis et à la France de dominer l’extrémité orientale de la vaste bande pétrolière
traversant l’Afrique considérée désormais comme vitale pour leurs intérêts stratégiques, une bande allant de l’oléoduc Higleg-Port
Soudan (1600 km) dans le sud-est à l’oléoduc Tchad-Cameroun (100 km) et au Golfe de Guinée dans l’Ouest. Un poste d’opération
américain en Ouganda donne aux Etats-Unis la possibilité de contrôler le sud-Soudan où se trouve le gros des réserves
soudanaises de brut.

II- Face à la Chine, l’humanisme sélectif des pays occidentaux au Darfour

L’Amérique importe 15 pour cent du pétrole africain pour sa consommation domestique. Mais la concurrence est rude avec la
Chine : L’Angola est d’ores et déjà le principal fournisseur de pétrole à la Chine devant l’Arabie saoudite, avec 456.000 barils/jour,
alors que le Soudan et le Nigeria, deux bêtes noires des pays occidentaux sur le continent, ont octroyé d’importantes concessions
pétrolières à la Chine, et que des informations persistantes, sur fond de rumeurs de presse sur une probable déstabilisation du
président Joseph Kabila, font état d’un troc imminent entre la Chine et la République du Congo prévoyant la livraison de trois mille
tonnes de cuivre en contrepartie de la construction de 3000 kilomètres de routes et d’infrastructures annexes (hôpitaux,
établissements scolaires, électrification de villages etc.).

Signe de la défiance que suscite la politique occidentale en général et la politique américaine en particulier, l’ancien président
nigérian Olusegun Obasanjo (1976-1979/1999-20O7), s’exprimant en sa qualité de président du pays le plus peuplé d’Afrique
(130 millions d’habitants) et premier producteur africain de pétrole, n’avait pas hésité à enfreindre les usages diplomatiques pour
souhaiter à son homologue chinois dans son allocation de bienvenue que « la Chine dirige le Monde ».

Selon les prévisions des stratèges occidentaux, l’Afrique subsaharienne risque de supplanter le Moyen-orient en tant que principal
fournisseur énergétique des Etats-Unis. L’Afrique occidentale dispose de près de soixante milliards de barils de réserves pétrolières
avérées. Son pétrole à faible teneur en soufre, est un brut doux, fort apprécié par les pétroliers américains.De nouveaux gisements
sont signalés au Cameroun, au Gabon, en Guinée équatoriale et en Mauritanie, qui deviendra un pays exportateur vers la fin de la
décennie.

Parallèlement à ses découvertes, les Etats-Unis ont multiplié les initiatives diplomatiques et militaires en vue de sceller les pays
africains à la stratégie globale américaine. Des points d’intervention favorisant le déploiement rapide des forces américaines ont été
aménagés dans la zone sahélienne sénégalo-malienne, ainsi qu’en Namibie à la frontière avec l’Angola. Des opérations conjointes
avec les pays du Sahel ont été lancées en 2003-2004 contre le groupe Salafiste pour la prédication et le combat (GPS) dans le
cadre du « programme de contre-terrorisme en Afrique ».

Les attaques contre les touristes français en Mauritanie en décembre 2007, entraînant l’annulation du rallye automobile Paris-Dakar
et son transfert vers l’Amérique latine, de même que l’attentat contre l’ambassade israélienne à Nouakchott témoignent des
réticences locales et régionales au déploiement américain en Afrique.

Dans ce grand jeu des puissances, l’Afrique émerge comme champ de bataille stratégique, dont la Chine en a fait sa ligne de front
dans sa recherche d’une plus grande influence mondiale, triplant son commerce avec le continent, verrouillant ses ressources
énergétiques, et, fait plus grave pour l’avenir, assurant l’éducation des futures élites africaines dans les universités chinoises.

C’est dans ce contexte qu’il importe d’appréhender le conflit du Darfour. Les appels incessants à des interventions humanitaires au
Soudan, principalement de la France, sont destinés en premier lieu à contrecarrer l’influence grandissante de la Chine qui a réussi
le contournement de l’Europe par l’Afrique à qui elle inflige de surcroît une rude et traumatisante concurrence dans son ancienne
chasse gardée.

Le nouvel humanitarisme sélectif des anciennes puissances coloniales, qui fustigent le Soudan mais couvrent de mansuétude
d’aussi redoutables autocrates que le tchadien Idriss Déby, son prédécesseur Hissène Habre ou encore le libyen Mouammar
al-Kadhafi, parait sans consistance face au poids d’une Chine, sans passif colonial avec l’Afrique, dispensant de surcroît un
important flot de liquidités, sans contrepartie politique.

La mise en place de l’Eufor, le corps expéditionnaire européen chargé de s’interposer entre les belligérants aux confins
soudano-tchadiens répond autant à des considérations humanitaires qu’au souci des Occidentaux de créer un glacis stratégique
au centre de l’Afrique, à proximité de la plateforme opérationnelle de la Chine dans la zone, un cordon sanitaire identique à celui
que les pays occidentaux veulent établir autour de l’Iran, l’autre grand fournisseur d’énergie de la Chine.

Le dérapage à l’automne 2007 de la ténébreuse opération prétendument humanitaire de l’affaire de l’« Arche de Zoe » sur
l’exfiltration de faux orphelins prétendument du Darfour participe de cette pression à forte charge émotive, à fort dividende médiatique
pour un interventionnisme plus marqué des pays occidentaux au Soudan par le biais du Darfour.

Le redéploiement militaire français en Afrique annoncé depuis l’Afrique du sud, le 28 février, par le président Nicolas Sarkozy, loin
d’opérer un bouleversement stratégique dans les relations franco-africaines, participe de ce même souci de discrétion efficace. Le
Recamp (renforcement des capacités africaines de maintien de la paix) est une opération à double détente visant à associer des
pays tiers (Afrique, Europe, ONU) aux opérations militaires françaises en Afrique dans le but de partager les coûts et de diluer les
responsabilités, tout en conservant la maîtrise des opérations. Un chef d’œuvre de ravalement cosmétique d’un repositionnement
militaire identique au dispositif américain dans le Golfe (Arabie saoudite, Bahrein, Qatar, Koweit et Irak), face à l’Iran.

Toute conscience se pose en s’opposant. L’Occident a constamment forgé des concepts pour assurer sa domination sur le reste
du Monde. Il en a été de la théorie du « Res Nullus » et du « Fardeau de l’Homme blanc » justifiant les conquêtes coloniales.
Constamment besoin d’un ennemi extérieur pour cimenter sa cohésion et perpétuer sa suprématie.

Depuis la fin de la II ème Guerre mondiale (1939-1945), toute une littérature belliqueuse a développé les thèmes sur le péril rouge
(contre le communisme), avant de se rabattre après l’implosion de l’Empire soviétique (1989) sur le péril vert (l’Islam), et, dans le
domaine de la stigmatisation, « le juif bolchévique » a cédé la place au « nazislamisme ». Notons que le « péril vert » est un jalon
intermédiaire préludant à la naissance du « péril jaune » (Chine, Inde, Japon) qui sera d’actualité lorsque ses trois pays majeurs
d’Asie auront parachevé leur phase de montée en puissance, vers l’an 2025.

A cette date, l’Occident aura perdu le monopole de la puissance et partant son rôle prescripteur. Il devra, par la force des choses,
composer. Dur métier pour celui qui a constamment imposé, dur apprentissage de la diversité. Composer avec les autres
composantes de la planète. Cette échéance explique sa frénésie d’acquisition de gages territoriaux et énergétiques (Irak,
Afghanistan, Darfour, Balkan) en vue d’aborder la prochaine étape en position de force dans une « stratégie de transformation du
réel », qui se réduit en une quête désespérée visant à enrayer un déclin prévisible par le maintien de « Droits acquis » aux faîtes de
la puissance.

Quant à la France, qui abrite l’un des plus importants patrimoines immobiliers des dirigeants africains —pas moins de 47
résidences somptueuses rien que pour Omar Bongo (Gabon) et son beau-père Denis Sassou Nguesso (Congo)- elle est conduite,
sous l’effet de cette compétition, à un partenariat contraignant avec les Etats-Unis. Contrainte à une coopération militaire avec
l’Amérique, en raison de son infléchissement atlantiste, elle est contrainte aussi de subir de plein fouet la concurrence américaine
dans son « pré-carré ». Une transaction mutuellement féconde…mais au bénéfice exclusif des Américains.

En somme, et, pour reprendre le jargon politique à la mode, une offre « win, win » gagnant, gagnant pour les Américains, et pour
eux seuls, sur les deux tableaux, avec en contrepartie pour la France, l’illusion de participer au « grand jeu mondial » sur le seul
continent où elle dispose encore d’une certaine influence.

Lointaines réminiscences de ses déboires coloniaux, l’activisme de la France au Soudan au-delà du débauchage de la Libye pour
en faire un substitut à l’Algérie dans la fourniture du gaz et un marché sécurisé pour ses exportations militaires et ses centrales
nucléaires, pourrait, d’une manière sous-jacente, répondre à son souci de purger son « complexe de Fachoda » (3), le désastre
militaire et diplomatique français subi dans ce pays contre les Anglais au XIX me siècle durant la phase de conquête coloniale
écartant durablement la France des eaux du Nil

Notes :

1-Recamp (Renforcement des capacités africaines de maintien de la paix) : Ce concept recouvre le nouveau dispositif français en
Afrique mis en place progressivement depuis l’été 2007. Il consiste à associer des pays européens et africains et éventuellement
les organisations internationales aux opérations de maintien de la paix dans le double but de partager les coûts et donc de réduire
les frais pour la France et de diluer les responsabilités évitant le sempiternel tête à tête France-Afrique. Quatre pôles correspondent
à quatre « sous-régions » et dessinent ce que pourrait être la future carte des implantations françaises. Il s’agit de Dakar (Sénégal),
Libreville (Gabon), Djibouti et La Réunion. Dans chacun de ses pôles, la France a créé un petit état-major et prépositionné du
matériel. Ils participent à l’entraînement des armées des pays de la région et sont censés accueillir des officiers européens.

2- EUFOR TCHAD/RCA : est une opération militaire de transition chargée notamment de la protection de la population en proie à la
guerre civile dans l’Est du Tchad et dans le Nord-Est de la République centrafricaine. Sa mise en place a été décidée par l’Union
Européenne le 28 janvier 2008, dans le cadre de la politique européenne de sécurité et de défense (PESD), en vue de faire face à la
crise du Darfour dans la zone frontalière soudano-tchadienne. Forte de trois membres, dont le contingent français en constitue
l’ossature (1.700 membres), l’Eufor Tchad est commandée par le général de Corps d’armée Patrick Nash

3-La crise de Fachoda : Dans l’imaginaire collectif français, l’épreuve de force qui opposa Paris et Londres, en 1898, demeure
comme le plus important revers militaire et diplomatique, une profonde humiliation infligée par le Royaume uni à la France sur le
continent africain. Ce sérieux incident diplomatique au retentissement considérable en pleine phase d’expansion coloniale entraîna
la fin des ambitions françaises sur l’Egypte et la zone nilotique (Egypte, Soudan, Ouganda), alors qu’elle avait été le maître d’oeuvre
du percement du Canal de Suez. Le site de Fachoda (ou Kodok) est situé à 650 km au sud de la capitale soudanaise Khartoum.

http://renenaba.blog.fr

*René Naba

Ancien responsable du monde arabo-musulman au service diplomatique de l’Agence France Presse, ancien conseiller du Directeur Général de RMC/Moyen orient, chargé de l’information. A paraître prochainement : « Il était une fois la dépêche d’agence » Editions l’Armoise- 8, Rue des Lions saint Paul 75004 Paris septembre 2007.Rene Naba est également l’auteur des ouvrages suivants :

« Aux origines de la tragédie arabe”- Editions Bachari 2006. “Du bougnoule au sauvageon, voyage dans l’imaginaire français”- Harmattan 2002.

« Rafic Hariri, un homme d’affaires, premier ministre » (Harmattan 2000). « Guerre des ondes, guerre de religion, la bataille hertzienne dans le ciel méditerranéen » (Harmattan 1998).


Le quadrillage en douceur de l’Afrique

mars 14, 2008

Par *René Naba
mercredi 5 mars 2008

Africom et Eufor : sous couvert de grands principes et de sigles abscons, le quadrillage en douceur de l’Afrique

Sous couvert de grands principes, l’ingérence humanitaire et la guerre contre le terrorisme, sous couvert de sigles abscons,
à coups d’Africom au Maghreb, de « Recamp » (1) dans l’Afrique francophone ou d’Eufor dans le centre du continent(2), le
quadrillage occidental de l’Afrique se fait en douceur, face aux bouleversements géostratégiques induits par l’émergence
de la Chine dans l’ancienne chasse gardée coloniale de l’Occident et la féroce bataille qui s’y déroule pour la maîtrise des
réserves stratégiques sur le flanc méridional de l’Europe.

Sur fond d’exacerbation de la controverse publique sur les bienfaits et les méfaits de la colonisation, son « rôle positif » et
ses séquelles, les « test ADN » et les « charters de la honte » en France, l’« immigration choisie » en Europe, la percée
chinoise s’est produite d’une manière pacifique propulsée par le déficit américain, un consistant matelas financier constitué
de plusieurs milliards de dollars de bons de trésor américains sur un continent que n’obère aucun passif colonial de la Chine.

Par son impact psychologique et ses conséquences à long terme, elle est comparable à la conquête arabe de la rive
méridionale de la Méditerranée qui a brisé le monopole de la navigation et du commerce dans l’ancien « Mare Notrum » et
l’Atlantique sud, déclenchant en retour les Croisades et la colonisation du continent africain en vue de rétablir le statut quo
ante.

I – Le grand jeu occidental en Afrique face la Chine

Au prétexte de la « guerre contre le terrorisme », les Etats-Unis s’emploient à mettre sur pied spécialement pour le continent
noir un corps d’armée qui prendra le nom de « VIII eme corps d’armée » américain afin d’achever le maillage militaire de la
planète par une présence physique opérationnelle sur l’ensemble des continents. L’AFRICOM dont la création a été décidée
en 2007 aura compétence sur les 50 Etats membres de l’Union Africaine, à l’exception de l’Egypte.
Sa mission officielle est de « développer la coopération militaire avec les pays africains, d’apporter un soutien à des missions non
militaires et de mener des opérations militaires sur le continent africain si elles sont décidées par le gouvernement américain ».

L’offensive diplomatique américaine en direction de l’Afrique s’est déployée crescendo depuis deux ans, parallèlement à la
pénétration chinoise, avec l’implication croissante des grands pontes de l’administration néo-conservatrice. Le ballet diplomatique
américain a été inauguré par le Général William Cape Ward (novembre 2007 à Addis-Ababa), commandant en chef de ce corps
d’armée, suivi de John Negroponte, l’ancien proconsul américain en Irak et responsable en chef du renseignement américain, puis
de Robert Gates, le nouveau secrétaire à la Défense, enfin de George Bush.

Point culminant de cette offensive, la tournée du président américain sur le continent noir à la mi-février 2008, à moins d’un an à la
fin de son mandat présidentiel, ne semble pas avoir réduit la résistance africaine à son projet. Quatre pays sollicités – Le Ghana,
la Zambie, le Nigeria et l’Algérie- y ont même opposé une fin de non recevoir à sa proposition.

Dans ce contexte, sauf revirement de dernière minute, le choix se porterait finalement sur le Maroc très désireux d’abriter le siège
du nouveau commandement de l’armée américaine pour l’Afrique, un moyen pour le Royaume chérifien de pérenniser sa
souveraineté sur le Sahara occidental face aux revendications indépendantistes de la République Arabe Saharouie Démocratique
(RASD) soutenue par Alger.

Le choix du Maroc de servir de pivot à la nouvelle force d’intervention américaine en Afrique, s’il était confirmé, se situerait dans le
prolongement de la coopération stratégique des Etats-Unis avec les pétromonarchies du Golfe. Il viendrait en complément de la
présence au Qatar, sur le golfe arabo-persique, du QG du Centcom, le commandement central américain qui ouvre une zone allant
du Maroc à l’Afghanistan, et de la base navale de Manama (Bahrein), QG de la V ème flotte américaine pour le golfe
arabo-persique/Océan indien.

Dans le droit fil de cette coopération, le Royaume chérifien s’est toujours situé en pointe du combat pour la défense des intérêts
occidentaux sur le continent africain, un combat qu’il confond avec la survie du régime monarchique. Membre du « Safary club »
au paroxysme de la guerre froide soviéto-américaine (1948-1989), le Maroc a assuré la protection et la survie des régimes
pro-occidentaux africains, notamment le Zaïre de Mobutu et le Togo de Eyadema au sein d’une alliance secrète conclue avec les
encouragements des Etats-Unis, entre l’Arabie saoudite, qui en était le financier, la France, son stratège, et le Maroc, son
exécutant.

Ce rôle souterrain a d’ailleurs été illustré tant par les complicités françaises dans la disparition de Mehdi Ben Barka, chef de
l’opposition marocaine, que par le rôle dépotoir assumé par le Maroc pour les tyrans déchus et décrétés ipso facto indésirables
par leur ancien protecteur malgré leur état de service patenté, comme ce fut le cas avec l’asile accordé au Président zaïrois
Mobutu, répudié par la France dont il a pourtant été un zélé serviteur pendant près de trente ans.

Dans le cas d’espèce, le choix du Maroc se serait porté par défaut, après le refus de l’Algérie et du Nigeria, deux acteurs majeurs
du continent d’accueillir le QG de l’Africom. Soucieux de diversifier leurs alliances, les Etats-Unis s’étaient d’abord tournés vers
ces deux puissances émergentes d’Afrique, bien que la première soit en butte à des actions de type terroriste et le second à des
troubles claniques.

Selon des informations de presse non encore confirmées officiellement, le QG de l’Africom devrait être édifié à l’extrême sud du
Maroc dans la région de Tan Tan, à la limite des frontières du Sahara Occidental, à proximité de la bourgade de Ras Dari,
choisie pour abriter ce projet. Du fait de sa proximité des côtes atlantiques marocaines, le site offre des facilités pour l’US Navy.
Outre la base de Tan Tan, les Etats-Unis disposent au Maroc de la base aérienne de Ben Jarir, à une soixantaine de kilomètres
de Marrakech ainsi que du site-relais de VOA (Voice of America) à Tanger. Le Maroc aurait donné son accord à l’installation du
QG de l’Africom en contrepartie de substantiels avantages financiers.

Cet arrangement dans ses volets militaires et financiers expliquerait les déboires de la France dans la vente du « Rafale » que
Jaques Chirac puis Nicolas Sarkozy ont vainement tenté de vendre au Royaume. Des déboires amplifiés d’ailleurs par les
dysfonctionnements des institutions françaises qui ont fait preuve dans cette transaction stratégique portant sur l’avenir du nouvel
avion de combat de supériorité aérienne, d’un amateurisme déconcertant, se lançant dans cette aventure sans concertation, d’une
manière concurrente, l’Elysée voulant placer à tout prix l’appareil en guise de produit d’appel pour les pétromonarchies arabes et le
constructeur Dassault, en comptable méticuleux de sa trésorerie, plutôt préoccupé de conserver la maîtrise de la détermination
des prix.

Survivance d’une tradition coloniale, l’Africom était auparavant rattaché au commandement européen à Stuttgart auprès de
l’USEUCOM (United States European Command). Selon le département d’Etat, la région du Sahel, notamment le Mali et la
Mauritanie, constituerait un abri potentiel pour les activistes islamistes. Auparavant, les Etats-Unis surveillaient l’Afrique à
travers trois commandements : Central Command (CENTCOM) dont la zone de responsabilité s’étendait sur 27 pays dont sept
sont africains, le commandement européen (EUCOM), sa zone couvrant 91 Etats dont 42 sont africains, le commandement
pacifique enfin (PACOM) qui a autorité sur une zone couvrant Madagascar et les îles en périphérie de l’est du continent africain.

Si le souci proclamé des Etats-Unis est de mener une guerre planétaire contre le terrorisme, la création d’un commandement
spécifique pour l’Afrique marque aussi d’une manière sous-jacente l’implication plus marquée de l’Amérique dans la compétition
que se livrent les grandes puissances pour la conquête des marchés africains particulièrement le pétrole qui fournit 30 pour cent
de la consommation mondiale.

Dans l’attente du déploiement de l’Africom, l’administration américaine avait aménagé en 2006-2007 dans le Golfe de Guinée une
base flottante, constituée de navires à très grande vitesse (swift ship) servis par un équipage de 300-400 marins pour la surveillance
côtière le long des pays riverains : Angola, Cameroun, Gabon, Ghana, Guinée équatoriale, Liberia, Sao-Tome et Principe, Sénégal
et Nigeria.

Le dispositif américain en Afrique est complété en Afrique orientale par la co-location de la base française de Djibouti « Le camp
Lemonier », ainsi que de la base aéro-navale de Diego-garcia dans l’Océan indien, et par le nouveau rôle de gendarme confié à
l’Ethiopie dans sa répression des mouvements islamistes dans la zone, notamment en Somalie.

Le positionnement américain à Djibouti a notamment pour mission de détecter les groupes terroristes en liaison avec ceux du
Moyen-Orient. Le gouvernement américain soupçonne, en effet, l’organisation Al-Qaïda de s’être implantée en Afrique de l’est, en
particulier en Somalie qui aurait abrité, selon Washington, le comorien Fazul Abdullah Mohammed et le kenyan Saleh Ali Saleh
Nabhan, impliqués dans les attentats contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie en 1998 au cours desquels
deux cent vingt quatre personnes avaient été tuées.

Ces suspicions fondées ou non expliquent le coup de force éthiopien soutenu par les Américains contre la Somalie en 2007 ayant
débouché sur l’éviction du pouvoir du régime des « Tribunaux islamiques » à Mogadiscio. Le positionnement américain à Djibouti,
face au Golfe, permet en outre le contrôle stratégique de la route maritime qu’emprunte un quart de la production pétrolière
mondiale.

La base de Djibouti permet ainsi aux Etats-Unis et à la France de dominer l’extrémité orientale de la vaste bande pétrolière
traversant l’Afrique considérée désormais comme vitale pour leurs intérêts stratégiques, une bande allant de l’oléoduc Higleg-Port
Soudan (1600 km) dans le sud-est à l’oléoduc Tchad-Cameroun (100 km) et au Golfe de Guinée dans l’Ouest. Un poste d’opération
américain en Ouganda donne aux Etats-Unis la possibilité de contrôler le sud-Soudan où se trouve le gros des réserves
soudanaises de brut.

II- Face à la Chine, l’humanisme sélectif des pays occidentaux au Darfour

L’Amérique importe 15 pour cent du pétrole africain pour sa consommation domestique. Mais la concurrence est rude avec la
Chine : L’Angola est d’ores et déjà le principal fournisseur de pétrole à la Chine devant l’Arabie saoudite, avec 456.000 barils/jour,
alors que le Soudan et le Nigeria, deux bêtes noires des pays occidentaux sur le continent, ont octroyé d’importantes concessions
pétrolières à la Chine, et que des informations persistantes, sur fond de rumeurs de presse sur une probable déstabilisation du
président Joseph Kabila, font état d’un troc imminent entre la Chine et la République du Congo prévoyant la livraison de trois mille
tonnes de cuivre en contrepartie de la construction de 3000 kilomètres de routes et d’infrastructures annexes (hôpitaux,
établissements scolaires, électrification de villages etc.).

Signe de la défiance que suscite la politique occidentale en général et la politique américaine en particulier, l’ancien président
nigérian Olusegun Obasanjo (1976-1979/1999-20O7), s’exprimant en sa qualité de président du pays le plus peuplé d’Afrique
(130 millions d’habitants) et premier producteur africain de pétrole, n’avait pas hésité à enfreindre les usages diplomatiques pour
souhaiter à son homologue chinois dans son allocation de bienvenue que « la Chine dirige le Monde ».

Selon les prévisions des stratèges occidentaux, l’Afrique subsaharienne risque de supplanter le Moyen-orient en tant que principal
fournisseur énergétique des Etats-Unis. L’Afrique occidentale dispose de près de soixante milliards de barils de réserves pétrolières
avérées. Son pétrole à faible teneur en soufre, est un brut doux, fort apprécié par les pétroliers américains.De nouveaux gisements
sont signalés au Cameroun, au Gabon, en Guinée équatoriale et en Mauritanie, qui deviendra un pays exportateur vers la fin de la
décennie.

Parallèlement à ses découvertes, les Etats-Unis ont multiplié les initiatives diplomatiques et militaires en vue de sceller les pays
africains à la stratégie globale américaine. Des points d’intervention favorisant le déploiement rapide des forces américaines ont été
aménagés dans la zone sahélienne sénégalo-malienne, ainsi qu’en Namibie à la frontière avec l’Angola. Des opérations conjointes
avec les pays du Sahel ont été lancées en 2003-2004 contre le groupe Salafiste pour la prédication et le combat (GPS) dans le
cadre du « programme de contre-terrorisme en Afrique ».

Les attaques contre les touristes français en Mauritanie en décembre 2007, entraînant l’annulation du rallye automobile Paris-Dakar
et son transfert vers l’Amérique latine, de même que l’attentat contre l’ambassade israélienne à Nouakchott témoignent des
réticences locales et régionales au déploiement américain en Afrique.

Dans ce grand jeu des puissances, l’Afrique émerge comme champ de bataille stratégique, dont la Chine en a fait sa ligne de front
dans sa recherche d’une plus grande influence mondiale, triplant son commerce avec le continent, verrouillant ses ressources
énergétiques, et, fait plus grave pour l’avenir, assurant l’éducation des futures élites africaines dans les universités chinoises.

C’est dans ce contexte qu’il importe d’appréhender le conflit du Darfour. Les appels incessants à des interventions humanitaires au
Soudan, principalement de la France, sont destinés en premier lieu à contrecarrer l’influence grandissante de la Chine qui a réussi
le contournement de l’Europe par l’Afrique à qui elle inflige de surcroît une rude et traumatisante concurrence dans son ancienne
chasse gardée.

Le nouvel humanitarisme sélectif des anciennes puissances coloniales, qui fustigent le Soudan mais couvrent de mansuétude
d’aussi redoutables autocrates que le tchadien Idriss Déby, son prédécesseur Hissène Habre ou encore le libyen Mouammar
al-Kadhafi, parait sans consistance face au poids d’une Chine, sans passif colonial avec l’Afrique, dispensant de surcroît un
important flot de liquidités, sans contrepartie politique.

La mise en place de l’Eufor, le corps expéditionnaire européen chargé de s’interposer entre les belligérants aux confins
soudano-tchadiens répond autant à des considérations humanitaires qu’au souci des Occidentaux de créer un glacis stratégique
au centre de l’Afrique, à proximité de la plateforme opérationnelle de la Chine dans la zone, un cordon sanitaire identique à celui
que les pays occidentaux veulent établir autour de l’Iran, l’autre grand fournisseur d’énergie de la Chine.

Le dérapage à l’automne 2007 de la ténébreuse opération prétendument humanitaire de l’affaire de l’« Arche de Zoe » sur
l’exfiltration de faux orphelins prétendument du Darfour participe de cette pression à forte charge émotive, à fort dividende médiatique
pour un interventionnisme plus marqué des pays occidentaux au Soudan par le biais du Darfour.

Le redéploiement militaire français en Afrique annoncé depuis l’Afrique du sud, le 28 février, par le président Nicolas Sarkozy, loin
d’opérer un bouleversement stratégique dans les relations franco-africaines, participe de ce même souci de discrétion efficace. Le
Recamp (renforcement des capacités africaines de maintien de la paix) est une opération à double détente visant à associer des
pays tiers (Afrique, Europe, ONU) aux opérations militaires françaises en Afrique dans le but de partager les coûts et de diluer les
responsabilités, tout en conservant la maîtrise des opérations. Un chef d’œuvre de ravalement cosmétique d’un repositionnement
militaire identique au dispositif américain dans le Golfe (Arabie saoudite, Bahrein, Qatar, Koweit et Irak), face à l’Iran.

Toute conscience se pose en s’opposant. L’Occident a constamment forgé des concepts pour assurer sa domination sur le reste
du Monde. Il en a été de la théorie du « Res Nullus » et du « Fardeau de l’Homme blanc » justifiant les conquêtes coloniales.
Constamment besoin d’un ennemi extérieur pour cimenter sa cohésion et perpétuer sa suprématie.

Depuis la fin de la II ème Guerre mondiale (1939-1945), toute une littérature belliqueuse a développé les thèmes sur le péril rouge
(contre le communisme), avant de se rabattre après l’implosion de l’Empire soviétique (1989) sur le péril vert (l’Islam), et, dans le
domaine de la stigmatisation, « le juif bolchévique » a cédé la place au « nazislamisme ». Notons que le « péril vert » est un jalon
intermédiaire préludant à la naissance du « péril jaune » (Chine, Inde, Japon) qui sera d’actualité lorsque ses trois pays majeurs
d’Asie auront parachevé leur phase de montée en puissance, vers l’an 2025.

A cette date, l’Occident aura perdu le monopole de la puissance et partant son rôle prescripteur. Il devra, par la force des choses,
composer. Dur métier pour celui qui a constamment imposé, dur apprentissage de la diversité. Composer avec les autres
composantes de la planète. Cette échéance explique sa frénésie d’acquisition de gages territoriaux et énergétiques (Irak,
Afghanistan, Darfour, Balkan) en vue d’aborder la prochaine étape en position de force dans une « stratégie de transformation du
réel », qui se réduit en une quête désespérée visant à enrayer un déclin prévisible par le maintien de « Droits acquis » aux faîtes de
la puissance.

Quant à la France, qui abrite l’un des plus importants patrimoines immobiliers des dirigeants africains —pas moins de 47
résidences somptueuses rien que pour Omar Bongo (Gabon) et son beau-père Denis Sassou Nguesso (Congo)- elle est conduite,
sous l’effet de cette compétition, à un partenariat contraignant avec les Etats-Unis. Contrainte à une coopération militaire avec
l’Amérique, en raison de son infléchissement atlantiste, elle est contrainte aussi de subir de plein fouet la concurrence américaine
dans son « pré-carré ». Une transaction mutuellement féconde…mais au bénéfice exclusif des Américains.

En somme, et, pour reprendre le jargon politique à la mode, une offre « win, win » gagnant, gagnant pour les Américains, et pour
eux seuls, sur les deux tableaux, avec en contrepartie pour la France, l’illusion de participer au « grand jeu mondial » sur le seul
continent où elle dispose encore d’une certaine influence.

Lointaines réminiscences de ses déboires coloniaux, l’activisme de la France au Soudan au-delà du débauchage de la Libye pour
en faire un substitut à l’Algérie dans la fourniture du gaz et un marché sécurisé pour ses exportations militaires et ses centrales
nucléaires, pourrait, d’une manière sous-jacente, répondre à son souci de purger son « complexe de Fachoda » (3), le désastre
militaire et diplomatique français subi dans ce pays contre les Anglais au XIX me siècle durant la phase de conquête coloniale
écartant durablement la France des eaux du Nil

Notes :

1-Recamp (Renforcement des capacités africaines de maintien de la paix) : Ce concept recouvre le nouveau dispositif français en
Afrique mis en place progressivement depuis l’été 2007. Il consiste à associer des pays européens et africains et éventuellement
les organisations internationales aux opérations de maintien de la paix dans le double but de partager les coûts et donc de réduire
les frais pour la France et de diluer les responsabilités évitant le sempiternel tête à tête France-Afrique. Quatre pôles correspondent
à quatre « sous-régions » et dessinent ce que pourrait être la future carte des implantations françaises. Il s’agit de Dakar (Sénégal),
Libreville (Gabon), Djibouti et La Réunion. Dans chacun de ses pôles, la France a créé un petit état-major et prépositionné du
matériel. Ils participent à l’entraînement des armées des pays de la région et sont censés accueillir des officiers européens.

2- EUFOR TCHAD/RCA : est une opération militaire de transition chargée notamment de la protection de la population en proie à la
guerre civile dans l’Est du Tchad et dans le Nord-Est de la République centrafricaine. Sa mise en place a été décidée par l’Union
Européenne le 28 janvier 2008, dans le cadre de la politique européenne de sécurité et de défense (PESD), en vue de faire face à la
crise du Darfour dans la zone frontalière soudano-tchadienne. Forte de trois membres, dont le contingent français en constitue
l’ossature (1.700 membres), l’Eufor Tchad est commandée par le général de Corps d’armée Patrick Nash

3-La crise de Fachoda : Dans l’imaginaire collectif français, l’épreuve de force qui opposa Paris et Londres, en 1898, demeure
comme le plus important revers militaire et diplomatique, une profonde humiliation infligée par le Royaume uni à la France sur le
continent africain. Ce sérieux incident diplomatique au retentissement considérable en pleine phase d’expansion coloniale entraîna
la fin des ambitions françaises sur l’Egypte et la zone nilotique (Egypte, Soudan, Ouganda), alors qu’elle avait été le maître d’oeuvre
du percement du Canal de Suez. Le site de Fachoda (ou Kodok) est situé à 650 km au sud de la capitale soudanaise Khartoum.

http://renenaba.blog.fr

*René Naba

Ancien responsable du monde arabo-musulman au service diplomatique de l’Agence France Presse, ancien conseiller du Directeur Général de RMC/Moyen orient, chargé de l’information. A paraître prochainement : « Il était une fois la dépêche d’agence » Editions l’Armoise- 8, Rue des Lions saint Paul 75004 Paris septembre 2007.Rene Naba est également l’auteur des ouvrages suivants :

« Aux origines de la tragédie arabe”- Editions Bachari 2006. “Du bougnoule au sauvageon, voyage dans l’imaginaire français”- Harmattan 2002.

« Rafic Hariri, un homme d’affaires, premier ministre » (Harmattan 2000). « Guerre des ondes, guerre de religion, la bataille hertzienne dans le ciel méditerranéen » (Harmattan 1998).


Le chef des forces américaines en Irak et en Afghanistan démissionne

mars 14, 2008

‘amiral William Fallon a démissionné, mardi 11 mars, de son poste de chef du Centcom (Central Command) de l’armée américaine. Cette zone géographique s’étend du Proche-Orient au Pakistan. A ce titre, l’amiral était le commandant en chef des guerres menées par les Etats-Unis en Irak et en Afghanistan.

Même si le département de la défense le nie, il apparaît que son départ a été exigé par la Maison Blanche. Tout est parti de la publication, dans la revue Esquire de ce mois, d’un long portrait-enquête, intitulé “Un homme entre guerre et paix”, écrit par le journaliste Thomas Barnett.

Celui-ci a rencontré à de nombreuses reprises l’amiral et ses proches. Et les propos qu’ils lui ont tenu, sans jamais prononcer le nom du président George Bush, sont sévères pour la vision des conflits dans l’actuelle administration américaine.

Chargé de veiller sur les intérêts vitaux américains dans la zone qu’il dirige, l’amiral Fallon – décrit par le journaliste comme un “brillant stratège” – n’élude pas la charge politique de sa fonction.

Concernant le président iranien Ahmadinedjad et la menace de “troisième guerre mondiale” que représenterait sa politique nucléaire militaire, selon M. Bush, l’amiral juge que “ces battements de tambours n’aident pas et sont inutiles”. Il dit attendre “qu’il n’y ait pas de guerre” avec l’Iran, et assure que c’est “à cela qu’il travaille”.

HOSTILE À UNE OFFENSIVE DE LONGUE DURÉE EN IRAK

Il se dit également adepte d’“avancer doucement en montrant son gros bâton”. C’est-à-dire opposé à des rodomontades sans les moyens de parvenir à ses fins. Il invite, au contraire, à commencer à chercher à comprendre comment fonctionne l’adversaire : “Les Iraniens sont comme les Chinois : ce serait génial d’amener l’Iran à jouer le jeu, à la fin”. Mais pour cela, il faut d’abord prendre langue et ne pas bloquer toute issue.

“Comment Fallon peut-il s’en sortir en affrontant si effrontément son propre commandant en chef ?”, se demandait M. Barnett, pour aussitôt ajouter : “La réponse est qu’il ne pourra s’en sortir encore très longtemps. Bush n’a pas l’habitude de subordonnés qui disent leurs pensées aussi librement que le fait Fallon, il pourrait en avoir assez”.

L’amiral, inquiet des conséquences selon lui néfastes de la guerre en Irak sur la modernisation de l’armée américaine, avait manifesté à l’automne son hostilité à la stratégie d’une “offensive” (surge) de longue durée dans ce pays, exigeant le retrait des trois-quarts des effectifs américains d’Irak d’ici à 2010.

George Bush a rendu hommage à un homme qui “a servi son pays avec honneur et détermination”. Evoquant “une accumulation de choses” qui ont mené l’amiral Fallon à quitter son poste, le secrétaire à la défense, Robert Gates a jugé “ridicule” l’idée que cette démission induirait une approche américaine plus belliqueuse envers Téhéran à l’avenir.

Chef de la majorité démocrate au Sénat, Harry Reid a déclaré : “Voilà un nouvel exemple du fait que l’indépendance et la franchise (…) ne sont pas bienvenues dans cette administration.”

Sylvain Cypel


Stiglitz : Irak, la guerre à 3 000 milliards

mars 14, 2008

Stiglitz estime le coût total de cette guerre à 3 000 milliards pour les USA auquels s’ajoutent 3 000 milliards pour le reste du monde. Ce total avoisine la moitié du PIB des USA. « Les Etats-Unis – et le monde – auront à en payer le prix pour les décennies à venir, » avertit le lauréat du Prix Nobel d’économie 2001.

Joseph Stiglitz, Toronto Star, 12 mars 2008

A l’approche de la date du 20 Mars, qui marque le cinquième anniversaire de l’invasion de l’Irak par les États-Unis, le temps est venu d’établir un bilan de ces évènements.

Dans notre nouveau livre The Three Trillion Dollar War, Linda Bilmes, qui enseigne à Harvard, et moi-même, avons établi une estimation prudente du coût économique de la guerre pour les États-Unis à 3 000 milliards de dollars, et de ces coûts pour le reste du monde à trois autres milliers de milliards – ce qui est bien supérieur aux estimations de l’administration Bush avant la guerre.

L’équipe Bush a non seulement abusé l’opinion sur les coûts éventuels de la guerre, mais elle a également cherché à les occulter durant le déroulement de celle-ci.

Cela n’est guère surprenant. Après tout, l’administration Bush a menti sur tout le reste, depuis les armes de destruction massive de Saddam Hussein jusqu’à son lien supposé avec Al-Qaida. De fait, c’est uniquement après l’invasion que l’Irak est devenu un terrain de prédilection pour les terroristes.

L’administration Bush affirmait que la guerre coûterait 50 milliards de dollars. Les États-Unis consacrent désormais cette somme à la guerre d’Irak tous les trois mois.

Voici ce que représente ce chiffre : pour un sixième du coût de la guerre, les États-Unis pourraient assurer à leur système de sécurité sociale des fondements solides pour plus de cinquante ans, sans réduire les prestations ni augmenter les cotisations.

Par ailleurs, l’administration Bush a réduit les impôts pour les plus riches au moment même où elle s’engageait dans ces hostilités, et ce malgré le déficit budgétaire. En conséquence, elle a dû faire appel au crédit – souvent financé depuis l’étranger – pour payer cette guerre.

C’est la première fois dans l’histoire américaine où une guerre n’a pas exigé certains sacrifices de la part des citoyens par le biais de taxes plus élevées. Cette fois, la totalité des coûts a été transférée sur les générations futures.

A moins que les choses ne changent, la dette nationale des États-Unis – qui était de 5 700 milliards de dollars quand Bush est devenu président – sera augmentée de 2 milliards de dollars en raison de la guerre (qui viendront s’ajouter aux 800 milliards de dollars de déficit de l’administration Bush avant la guerre).

S’agit-il d’incompétence ou de malhonnêteté ?

Les deux sans doute.

La comptabilité de trésorerie pratiquée par l’administration Bush a mis l’accent sur les coûts présents, et non pas les coûts futurs, y compris les handicaps et les soins de santé pour les anciens combattants.

C’est seulement au bout de plusieurs années après le début de la guerre, que l’administration a décidé de construire les véhicules blindés qui auraient sauvé la vie des nombreux soldats victimes des explosifs placés au bord des routes.

Le gouvernement ne voulant pas réintroduire la conscription, et l’armée rencontrant des difficultés à recruter pour une guerre impopulaire, les troupes ont été obligées d’assurer deux, trois voire quatre tours de missions très stressants.

L’administration a tenté de dissimuler les coûts de la guerre à l’opinion publique américaine. Des groupes d’anciens combattants ont du utiliser le Freedom of Information Act [1] pour découvrir le nombre total de blessés – égal à 15 fois le nombre de morts.

Aujourd’hui, ce sont 52 000 anciens combattants qui ont été diagnostiqués souffrants de troubles post-traumatiques. Le gouvernement américain devra payer une pension d’invalidité à environ 40% des 1,65 million de soldats qui ont déjà été déployés.

Bien évidemment, cette hémorragie se poursuivra aussi longtemps que la guerre durera, avec une facture de soins de santé et d’invalidité s’élevant à plus de 600 milliards de dollars (en valeur actuelle).

L’idéologie et l’affairisme ont également joué un rôle dans l’augmentation des coûts de la guerre. L’Amérique a fait appel à des entreprises privées, plus onéreuses.

Un garde de sécurité employé par Blackwater peut coûter plus de 1000 dollars par jour, sans compter l’assurance pour invalidité et l’assurance-vie, qui sont payés par le gouvernement.

Lorsque le taux de chômage en Irak a bondi à 60%, l’embauche d’Irakiens aurait été logique, mais les entreprises ont préféré importer de la main-d’œuvre bon marché en provenance du Népal, des Philippines et d’autres pays.

Cette guerre n’a eu que deux vainqueurs : les compagnies pétrolières et celles du secteur de la défense. Le cours des actions d’Halliburton, la société que dirigeait le vice-président Dick Cheney, est monté en flèche. Mais au moment même où le gouvernement faisait de plus en plus appel aux entrepreneurs privés, il réduisait aussi ses contrôles.

Le prix le plus élevé de cette guerre mal conduite a été payé par l’Irak. La moitié de ses médecins ont été tués ou ont quitté le pays, le taux de chômage s’élève à 25% et, cinq ans après le début de la guerre, Bagdad a encore moins de huit heures d’électricité par jour.

Sur une population totale d’environ 28 millions, 4 millions de personnes sont déplacées et 2 millions ont fui le pays.

Les milliers de morts violentes ont accoutumé la plupart des occidentaux à ce qui se déroule en Irak : Un attentat à la bombe qui tue 25 personnes ne soulève plus d’intérêt.

Mais des études statistiques des taux de mortalité avant et après l’invasion révèlent une sombre réalité. Ils suggèrent que le nombre de décès supplémentaires serait compris entre un minimum de 450 000 dans les 40 premiers mois de la guerre (dont 150 000 morts violentes) et s’éleverait jusqu’à 600 000.

Avec tant de personnes en Irak qui souffrent tant et de tant de façons, il peut sembler cynique de discuter des coûts économiques.

Et il peut sembler particulièrement égocentrique de mettre l’accent sur le coût économique supporté par les USA, qui se sont engagés dans cette guerre en violation du droit international. Mais les coûts économiques sont énormes, et ils vont bien au-delà de dépenses budgétaires.

Les Américains utilisent souvent l’expression selon laquelle « il n’existe pas de repas gratuit ». Il n’existe pas non plus de guerre gratuite. Les Etats-Unis – et le monde – auront à en payer le prix pour les décennies à venir.

Joseph Stiglitz, lauréat 2001 du prix Nobel d’Economie, est professeur d’économie à l’Université de Columbia et co-auteur, avec Linda Bilmes, de The Three Trillion Dollar War : The True Costs of the Iraq Conflict.


Sarkozy a des complexes qu’il ne surmonte pas

mars 14, 2008

Sarkozy a des complexes qu’il ne surmonte pas

Pascal de Sutter s’entretient avec Sylvain Besson pour Le Temps (Suisse), 8 mars 2008

Avant l’élection présidentielle, vous aviez décrit Nicolas Sarkozy comme une personnalité « ambitieuse-dominante » avec une tendance « narcissique-compensatoire ». Ce profil est-il encore valable aujourd’hui ?

Je pense que oui. Nicolas Sarkozy a fondamentalement des complexes sous-jacents qu’il ne parvient pas à surmonter. Même après avoir été élu, il doit prouver à tout le monde qu’il peut faire des choses extraordinaires. Contrairement à Jacques Chirac qui est devenu beaucoup plus calme après son élection, il doit toujours en faire trop parce qu’il a besoin d’être aimé, reconnu, admiré.

D’où viennent les complexes que vous évoquez ?

On a ri du fait qu’il ait évoqué son « enfance difficile » alors qu’il a grandi dans les quartiers bourgeois de l’ouest parisien. Mais dans ce milieu, il était le pauvre parmi les riches : son père avait plus ou moins disparu, sa mère dépendait de son oncle, on s’est beaucoup moqué de lui, de sa taille. Certes, il allait en vacances à Saint-Tropez, mais c’était dans la villa des autres. Normalement, une fonction de prestige permet de surmonter ces humiliations. Mais lui doit compenser continuellement, car même être président, ce n’est pas assez.

Le fait d’être « narcissique-compensatoire » pose-t-il problème pour exercer ses fonctions ?

Là où c’est embêtant, c’est sur la scène internationale, où son manque de retenue risque de le faire passer pour un guignol. C’est lié à sa difficulté à la modération : avant, il avait une carotte – devenir président – qui pouvait modérer son côté excessif, bagarreur de bas de gamme. Maintenant qu’il est au sommet, il n’a plus tellement de garde-fous. Cela dit, je ne m’inquiète pas trop pour lui car il va sûrement rebondir à la faveur d’un incident, d’une crise quelconque. Le trait narcissique-compensatoire a des aspects positifs : c’est une personnalité inventive, imaginative, qui n’a pas peur de bousculer les règles établies.

La psychologie de Nicolas Sarkozy se rapproche-t-elle de celles d’autres dirigeants ?

Churchill et de Gaulle étaient un peu dépressifs, François Mitterrand mégalomane… Je le comparerais plutôt à Napoléon, Mussolini ou au président américain Jimmy Carter.

Nicolas Sarkozy est-il « fou », comme l’ont prétendu certains ?

Non, c’est exagéré. Ce n’est pas le diagnostic que je poserais. Etre fou, pour moi, c’est être dysfonctionnel, c’est ne plus pouvoir assumer ses fonctions. Il n’en est pas au stade où il doit être hospitalisé. En revanche, il est probable que seul un grave échec personnel, comme se faire massacrer aux élections, pourrait le guérir.

Pascal de Sutter est professeur de psychologie et chercheur à l’université de Louvain-la-Neuve. Il est également expert auprès de l’OTAN pour les questions de psychologie politique et a publié en 2007 Ces fous qui nous gouvernent, comment la psychologie permet de comprendre les hommes politiques, Paris, Les Arènes.


Crise du crédit : La Fed a échoué

mars 6, 2008

« Le verdict a été rendu. Les baisses de taux auxquelles la Fed a procédé d’urgence en janvier ont échoué à mettre un terme à la spirale baissière en direction d’une déflation majeure. Des mesures bien plus drastiques seront nécessaires. » La crise, loin d’être jugulée, continue d’élargir ses lignes de failles. Si la Fed semble avoir pris la mesure du problème, la BCE reste étonnament inerte. Les dirigeants européens ont-ils compris l’ampleur du séisme qui se prépare ? Les faits et l’analyse, par Ambrose Evans-Pritchard.

Par Ambrose Evans-Pritchard, The Telegraph, 4 mars 200

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Barack Obama under White Supremacy

mars 6, 2008

Machines à voter DIEBOLDLa question de l’accès éventuel de Barack Obama à la présidence US fait couler beaucoup d’encre sur Internet. Je l’ai volontairement occultée, souhaitant ainsi démontrer l’inutilité d’une préoccupation du “vote” d’un “noir” face aux problèmes d’Afrique… Cependant, les développements actuels m’emmènent à mettre à votre disposition quelques informations pourtant connues mais “cachées sous le manteau” afin de vous éviter des désillusions franchement inutiles et inopportunes… A vous de vous faire votre propre opinion : tapez simplement dans n’importe quel moteur de recherche les mots : OBAMA + DIEBOLD MACHINES. J’ai joint un résultat daté du 11 janvier 2008… les choses n’ont pas changées depuis.


Hello world!

mars 6, 2008

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