Les besoins en énergie et en eau deviennent incompatibles

Les besoins en énergie et en eau deviennent incompatibles

14 mars 2008

La production d’énergie et la ressource en eau sont indissociables. Il faut beaucoup d’eau pour produire de l’énergie. Il faut beaucoup d’énergie pour fournir de l’eau. Les deux sont inextricablement liés, et les besoins s’accroissent pour ces deux ressources. L’arrivée des biocarburants amplifie encore ce problème. Ce ne sont pas moins de 23 000 litres d’eau qui sont nécessaires pour obtenir les 27 kilos de soja qui à leur tour permettront de produire 4 litres de carburant.

Par Robert S. Boyd, McClatchy Newspapers, 13 mars 2008

« L’approvisionnement en eau est aussi important que celui en pétrole », déclare Charles Groat, un géologue et expert sur ces questions à l’Université du Texas à Austin.

A l’inverse, « l’utilisation de l’eau exige une énorme quantité d’énergie », note Peter Gleick, le président du Pacific Institute for Studies in Development, Environment and Security, situé à Oakland, en Californie.

Au moment où les États-Unis tentent de réduire leur dépendance envers le pétrole en provenance de l’étranger en produisant plus d’énergie à partir de sources internes tels que l’éthanol, ils sont également confrontés à des tensions sur la ressource en eau.

L’eau est nécessaire pour l’exploitation minière du charbon, le forage de puits de pétrole, le raffinage de l’essence, la production et la distribution d’électricité ainsi que pour l’élimination des déchets, note M. Gleick.

« La principale utilisation de l’eau est celle du refroidissement des centrales électriques », a-t-il rappelé lors d’une conférence devant un groupe d’experts réunis sur le thème des interactions entre eau et énergies, à Boston le mois dernier.

Aux dires de Vince Tidwell, un expert de gestion de l’eau au Sandia National Laboratory d’Albuquerque au Nouveau Mexique, plus de 40% de l’eau pompée des rivières, des lacs et des puits serait utilisée pour la production d’énergie, et le reste principalement pour l’irrigation.

Si la majeure partie de l’eau utilisée pour la production d’énergie retourne à sa source, elle est souvent polluée, réchauffée, et présente une valeur moindre.

En conséquence, « l’utilisation accrue d’eaux saumâtres ou dégradées pourrait s’avérer nécessaire dans certains domaines », a averti le Département de l’Energie US dans un rapport transmis au Congrès l’an dernier.

Sur l’autre versant, de grandes quantités d’énergie sont requises pour pomper, transporter, traiter et distribuer l’eau.

A titre d’exemple, l’agence du California State Water Project, qui capte les eaux dans les montagnes de Tehachapi appartenant au bassin hydrologique de Los Angeles, est « la plus importante utilisatrice d’énergie en Californie, » observe M. Gleick.

(JPG)Le chauffage de l’eau pour les usages domestiques, vaisselles, lessives, douches, est également gros consommateur d’énergie.

« L’usage d’un robinet d’eau chaude pendant cinq minutes, est équivalent à la consommation d’une ampoule électrique de 60 watts pendant 14 heures », selon les calculs de M. Gleick. « La meilleure façon d’économiser l’énergie serait peut-être d’économiser de l’eau chaude, » conseille-t-il.

Par le passé, la plupart des conflits pour l’accès à l’eau sont nés dans des régions arides, en raison des besoins de l’agriculture pour une ressource limitée. Mais la demande issue du secteur de l’énergie commence à influer sur la politique de l’eau et vice-versa.

Gleick cite ces exemples : La Tennessee Valley Authority a dû réduire la production d’une centrale nucléaire pour éviter toute surchauffe de la Tennessee River. La ville de Londres a rejeté un projet d’usine de dessalement d’eau, car trop gourmand en énergie. Amsterdam devrait de son côté se lancer tout d’abord dans la construction d’éoliennes pour produire de l’électricité, avant de pouvoir créer une usine de dessalement.

L’une des difficultés rencontrée provient du fait que n’existe aucune instance chargée de coordonner à un haut niveau l’utilisation de l’eau et de l’énergie. Au moins 20 organismes fédéraux, de même qu’une multitude d’Etats et de collectivités locales, exercent une responsabilité partagée en la matière.

« Nul n’est responsable », remarque M. Groat, ancien directeur de l’US Geological Survey à Washington. « Les planificateurs des projets du secteur de l’énergie considèrent que nous aurons suffisamment d’eau. Et les planificateurs des projets pour l’eau partent de l’hypothèse qu’ils auront suffisamment d’énergie. »

Le problème va s’aggraver, selon Michael Webber, un ingénieur en mécanique à l’International Center for Energy and Environmental Policy, qui rassemble scientifiques et ingénieurs à l’Université du Texas à Austin.

« Les carburants du futur risquent d’être très intensifs en consommation d’eau », prévient-il.

En effet, selon M. Webber, parcourir 1,6 km grâce à l’éthanol nécessite de consommer 600 litres d’eau pour irriguer le maïs à partir duquel il aura été produit. Même les véhicules dotés d’une propulsion hybride et pourvus de batteries, qui sont considérés comme les plus efficace, consomment l’équivalent de 10 litres d’eau pour chaque 1,6 km parcouru, dit-il.

L’unité de compte se transforme. Au lieu calculer la consommation en comptabilisant les « km par litre d’essence, on bascule vers le décompte des litre d’eau par kilomètre, » note-t-il.

Malheureusement, la ressource en eau ne cesse de diminuer alors même que la demande en énergie augmente.

« Les inquiétudes au sujet du climat, couplées au déclin constaté sur le niveau des nappes phréatiques, conduisent à penser qu’à l’avenir c’est moins d’eau douce, et non plus, qui sera disponible, » indique le rapport « Demande d’Energie et Ressources en Eau », publié l’an dernier par le Département de l’Energie.

« Les ressources en eau de surface n’ont pas augmenté en 20 ans, et les nappes phréatiques et les réserves sont en baisse à un rythme alarmant », indique ce document. « Certaines régions ont vu le niveau des nappes phréatiques baisser de 100 à 300 mètres au cours des 50 dernières années. »

« Si nous basculons de la consommation du pétrole en provenance de l’étranger vers celle de l’eau sur notre territoire, il faut nous assurer que nous en avons » suffisamment met en garde M. Webber.

Sur le Web :

Le rapport de l’Energy Department US : “Energy Demands on Water Resources.”

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