Concentration de forces navales dans la région du Golfe Persique

avril 3, 2008

Concentration de forces navales dans la région du Golfe Persique

-  USS Harry S. Truman (CVN 75) (Porte Avion)
-  USS San Jacinto (CG 56) – 6th Fleet
-  USS Hue City (CG 66)
-  USS Carney (DDG 64)
-  USS Oscar Austin (DDG 79)
-  USS Winston S. Churchill (DDG 81)
-  HMS Manchester (D95)
-  HMCS Charlottetown (FFH 339)
-  USNS Arctic (T-AOE 8)
-  USS Montpelier (SSN 765)

Tarawa Expeditionary Strike Group

-  USS Tarawa (LHA 1) (Porte Avion + Forces de débarquement)
-  USS Cleveland (LPD 7)
-  USS Germantown (LSD 42)
-  USS Port Royal (CG 73)
-  USS Hopper (DDG 70)
-  USS Ingraham (FFG 61)

Orion 08 Strike Group

-  HMS Illustrious (R06) (Porte Avion UK)
-  HMS Edinburgh (D97)
-  HMS Westminster (F237)
-  HMS Trafalgar (S107)
-  HMS Atherstone (M38)
-  HMS Chiddingfold (M37)
-  USS Cole (DDG 67)
-  FS Jean Bart (D615)(*)
-  FS Surcouf (F 711)(*)
-  SPS Mendez Nunez (F104)

In Theater

Ocean 6
-  FGS Emden (F 210)
-  HNLMS Evertsen (F 805)
-  HDMS Thetis (F357)
-  ITS Commandante Borsini (P491)
-  FS Guepratte (F714) (*)
-  FS Commandant Bouan (F797)(*)
-  USS Whidbey Island (LSD 41)
-  HMS Campbeltown (F86)
-  HMS Montrose (F236)
-  HMAS Arunta (FFH 151)
-  USS Scout (MCM 8)
-  USS Gladiator (MCM 11)
-  USS Ardent (MCM 12)
-  USS Dexterous (MCM 13)
-  HMS Ramsay (M 110)
-  HMS Blyth (M 111)

(*) Navires français

Le porte avion Lincoln en route vers le Golfe

Families are saying goodbye to 3,600 crewmembers of the aircraft carrier Lincoln as it prepares to leave Everett. The departure Thursday is the start of a seven-month deployment to support the war effort in Iraq and Afghanistan. Two other Everett-based ships, the guided-missile destroyers USS Momsen and Shoup, are part of the Lincoln’s strike group. The first stop is San Diego where the Lincoln will pick up warplanes and another 1,500 crew members. Then it heads for the Persian Gulf.


L’eau, prochain enjeu de guerre

avril 3, 2008

Bataille planétaire pour l’« or bleu »

Depuis le début des années 70, le monde a subi divers « chocs » pétroliers. Le prochain siècle pourrait malheureusement connaître des conflits géopolitiques et commerciaux de plus grande envergure encore, car liés à la maîtrise d’une ressource indispensable à la vie, non substituable et, qui plus est, existant en quantité fixe : l’eau. L’explosion incontrôlée de la demande de l’industrie, de l’agriculture, du tourisme et des ménages des pays riches a conduit à la pollution de certaines nappes phréatiques et à de formidables gaspillages annonciateurs de sévères pénuries. Celles-ci sont déjà le lot quotidien de plus de 1,4 milliard d’humains privés d’accès à l’eau potable. Qui sera l’arbitre entre les besoins de l’ensemble des habitants de la planète et des intérêts particuliers ? Le marché, accélérateur des inégalités, ne saurait jouer ce rôle. Le temps est désormais compté pour une autre approche – coopérative et internationale – de la gestion de ce qui doit rester ou redevenir un bien commun de l’humanité.

Par Mohamed Larbi Bouguerra

« SI des mesures ne sont pas immédiatement prises, la situation s’aggravera à l’avenir (1) », conclut un document d’évaluation présenté en juin 1997, lors de l’Assemblée générale des Nations unies consacrée aux réserves d’eau douce de la planète. Ce texte rappelait que « les schémas actuels de développement et d’utilisation des ressources en eau sont, pour la plupart, non soutenables ». L’eau est un problème posé à l’échelle du globe, et dont la résolution commande le devenir des sociétés : sans elle, pas de développement.

Sans céder au catastrophisme, il faut pourtant constater que les ressources se raréfient en maintes régions, que le niveau des réserves baisse, que la pollution est largement répandue et que la désertification avance. Ces phénomènes ne suscitent pas le même sentiment d’urgence que les changements climatiques, la déforestation ou la couche d’ozone. Le manque d’eau a pourtant un coût humain exorbitant : malnutrition, maladies hydriques, exode rural, charges accrues pour les femmes… L’eau est une ressource finie, inégalement répartie dans le temps et l’espace. Elle est renouvelable ( via le cycle de l’eau, soit 1 385 985 km3), mais ses réserves ne sont pas pour autant illimitées : « Les experts prédisent que toutes les eaux de surface seront consommées d’ici 2100, et que toute l’eau disponible dans le cycle de l’eau de la Terre sera entièrement épuisée d’ici 2230 (2) . »

En fait, l’eau douce ne représente que 3 % des eaux du globe. Si on exclut celle immobilisée dans les glaciers, les calottes polaires et les aquifères profonds, il reste à la disposition de tous les êtres vivants le 1 % des eaux douces accessibles des lacs, de l’atmosphère, des fleuves et des rivières. Mais 60 % des terres émergées sont en état de pénurie ; un homme sur cinq est privé d’eau potable saine, et la moitié de l’humanité ne dispose pas d’un réseau d’assainissement adéquat (3). Les pays d’Afrique du Nord et du Proche-Orient, avec moins de 2000 m3 par habitant et par an, vivent dans des conditions de « stress hydrique » qui handicapent leur vie économique et sociale. Une ressource gaspillée

SI la population du globe a été multipliée par trois au cours de ce siècle, la demande en eau, elle, a été multipliée par sept et la surface des terres irriguées par six. De plus, au cours des cinquante dernières années, la pollution des aquifères a réduit les réserves hydriques du tiers. Les ressources disponibles pourraient cependant être utilisées beaucoup plus efficacement par réduction de la contamination et de l’évaporation dans les réservoirs, par le recyclage, l’entretien des réseaux, la lutte contre le gaspillage, la culture de variétés moins exigeantes en eau ou plus tolérantes au sel. Le dessalement de l’eau de mer n’est possible, pour le moment, que dans certains pays (où l’énergie est très bon marché) et ce procédé n’empêche pas la consommation d’eau d’atteindre des « niveaux alarmants » en Arabie saoudite et au Koweït, par exemple (4).

L’agriculture absorbe les deux tiers de la consommation mondiale d’eau, mais elle doit compter avec l’intense concurrence des villes, de l’industrie et du tourisme, particulièrement dans les pays du Sud. Les spécialistes pronostiquent qu’elle ne parviendra pas à conserver, au XXIe siècle, la part de la ressource qu’elle s’adjuge actuellement. Une spécialiste affirme que « la rareté croissante de l’eau douce est actuellement un obstacle majeur à la production alimentaire, à la santé des écosystèmes, à la stabilité sociale et à la paix entre les nations », et elle observe que « l’Egypte, la Libye, la Tunisie, l’Algérie et le Maroc – qui manquent d’eau – importent d’ores et déjà plus du tiers de leurs céréales (5). »

Pourtant, M. Hillel Shuval, de l’Université hébraïque de Jérusalem, discutant la notion de « sécurité alimentaire » dans le cas des pays arides comme ceux du Proche-Orient, pense que « ces Etats peuvent assurer leur besoin en eau et leur sécurité alimentaire en développant des économies- basées sur le commerce, le tourisme et l’industrie – susceptibles de leur faire gagner suffisamment d’argent pour importer de “l’eau virtuelle” bon marché disponible sur le marché mondial (6) » sous forme de céréales, de légumes, de viande, de lait…

L’eau peut aussi être source de conflits. Israël et ses voisins arabes sont toujours aux prises à cause des eaux du Jourdain, du Litani et du château d’eau du Golan. L’accord de Taba (dit aussi Oslo II), signé à Washington le 28 septembre 1995 entre l’Autorité palestinienne et l’Etat hébreu, officialise le partage léonin des aquifères de Cisjordanie : 82 % aux Israéliens et 18 % seulement aux Palestiniens. Rien n’est définitivement réglé pour ce qui est des eaux du Nil, du Tigre et de l’Euphrate.

Le plus grand réseau d’irrigation du monde se trouve au Pakistan et dépend de l’Indus, dont le bassin se situe en partie en Inde. Les gigantesques projets hydrauliques asiatiques des Trois-Gorges ou du Xiaolangdi en Chine, et du Bakun à Sarawak (Malaisie), par exemple, suscitent de vifs débats quant à leur coût, leur opportunité, leurs conséquences humaines et écologiques. Les Etats fédérés, aux Etats-Unis et en Inde, s’opposent sur la répartition des ressources en eau. En Europe, les travaux réalisés sur le Danube obligent la Hongrie et la Slovaquie à redessiner leur frontière matérialisée par le fleuve ; quant à leur différend relatif à la centrale de Gabcikovo, il a été soumis au Tribunal international de La Haye (7).

Les affrontements ne sont pas pour autant inévitables. Ainsi, les pays de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) discutent du partage des eaux du Zambèze et de l’Orange. De leur côté, l’Inde et le Bangladesh ont mis un terme à leur différend, vieux de vingt ans, portant sur le Gange, mais des dégâts irréversibles ont été infligés à l’écosystème des mangroves. L’eau que le Lesotho vend à l’Afrique du Sud permet de financer l’école primaire pour tous les enfants du petit royaume (8).

Pour affronter la complexité et la gravité des problèmes posés par la pénurie d’eau, certains ont une réponse toute prête : le marché (9). D’autant que les perspectives d’investissement dans ce domaine sont de l’ordre de 600 à 800 milliards de dollars pour la prochaine décennie (10). Elément vital, chargé de symboles, de culture et de spiritualité, l’eau peut-elle être traitée comme une marchandise banale ? Pour M. Federico Mayor, directeur général de l’Unesco, « cette ressource rare, essentielle pour la vie, doit être considérée comme un trésor naturel faisant partie de l’héritage commun de l’humanité (11) ». Tel n’est pourtant pas le discours des auteurs du rapport d’évaluation des eaux douces du monde, présenté à l’ONU, qui écrivent : « Il faut une approche plus orientée vers le marché pour gérer les fournitures d’eau, et l’eau doit être une marchandise dont le prix est fixé par l’offre et la demande (12) ». Et, de fait, l’intérêt général est-il compatible avec le marché ?

Aux Etats-Unis, certains parlementaires font pression pour affranchir les petits et moyens réseaux de distribution du respect des normes légales en matière d’eau potable parce que « trop coûteuses ». Pourtant, en 1993 et en 1994, 53 millions d’Américains ont consommé de l’eau contaminée par le plomb, les pesticides et les produits chlorés volatils ; de même, 11,6 millions ont bu de l’eau contenant des coliformes fécaux – bacilles pathogènes – et 43 autres millions ont été exposés au cryptosporidium, micro-organisme qui a tué plus d’une centaine de personnes à Milwaukee en 1993 (13).

Cependant, à la fin de la session spéciale de l’ONU consacrée à l’eau, en juin 1997, le programme de mise en oeuvre de l’Agenda 21, adopté lors de la conférence de Rio en 1992, recommande que « l’évaluation économique de l’eau se fasse dans le contexte des implications sociales et économiques de la ressource », cette évaluation devant « refléter la satisfaction des besoins de base ».

Ce texte préconise, pour les pays développés, « la mise en oeuvre graduelle de politiques orientées vers le recouvrement du prix, une allocation équitable et efficace de l’eau… et la promotion de sa conservation ». Pour ce qui est des pays en développement, « quand ils atteignent un stade de développement approprié », leurs politiques – précise le programme – devraient promouvoir « la gestion harmonieuse et le développement de ressources rares en eau », générant « des ressources financières à investir dans les équipements nouveaux de fourniture et de traitement de l’eau (14). »

Les enjeux financiers sont tellement considérables (lire page 24 l’article de Daniel Baudru et Bernard Maris) que la tentation est forte de faire passer au second plan les préoccupations de santé publique. C’est pourquoi, selon l’Organisation syndicale internationale des services publics (ISP), « qu’ils soient publics, privés ou mixtes, les services de l’eau doivent être obligés de fournir ce bien et d’appliquer des tarifs acceptables socialement. La meilleure solution est de confier leur mise en place et leur exploitation aux pouvoirs publics », tant il est vrai que « la concurrence illimitée dans le domaine de la fourniture et du traitement de l’eau va à l’encontre de l’intérêt public (15). » Le marché ou l’éthique ?

IL faut cependant admettre que l’absence de vigilance sur le « juste prix » du précieux et irremplaçable liquide conduit au gaspillage, exacerbe les problèmes d’assainissement et provoque la dégradation des sols par hydromorphisme et salinisation… On peut cependant douter que la seule logique du marché, qui vise rarement ceux qui ont les moyens de gaspiller et frappe de manière disproportionnée les plus démunis, soit en mesure de changer les pratiques et les usages. De plus, le libre-échangisme ne contribue pas à une bonne gestion de l’eau, comme l’a montré, s’appuyant sur les cas du Japon et du Mexique notamment, M. Asit K. Biswas, de l’Université autonome de Mexico, lors du IXe congrès mondial de l’eau, tenu à Montréal en septembre 1997. L’ouverture du marché du riz au Japon, imposée par les accords du GATT en 1993, a mis à la retraite bon nombre de riziculteurs, leur produit étant trop cher comparé à celui de leurs homologues thaïlandais ou chinois. Cette mise en jachère forcée des rizières a provoqué, au grand dam des riverains, des inondations destructrices. Pareillement, l’Accord de libre-échange nord-américain (Alena) rend compétitifs, sur les marchés des Etats-Unis et du Canada, les fruits et légumes mexicains, gros consommateurs d’eau dans un pays qui en manque, ce qui provoque de graves tensions sociales.

Si l’on veut assurer la durabilité de la ressource sur le long terme, il faut lever la confusion entre valeur et prix de l’eau, et promouvoir « une éthique de l’eau » (16). M. Federico Mayor parle, quant à lui, d’« une nouvelle éthique de l’eau » fondée sur la solidarité et la subsidiarité active – les décisions étant prises au plus bas niveau possible – privilégiant une approche de coopération étendue, donnant la parole à tous les acteurs (17) – et notamment aux femmes -, et attentive aux technologies appropriées et aux savoirs locaux.

Un habitant des Etats-Unis utilise 900 litres d’eau par jour, mais un Africain doit se contenter de 30 litres. Un Israélien consomme quatre fois plus qu’un Palestinien. Le gouvernement de l’Afrique du Sud s’est fixé comme première priorité la fourniture d’au moins 25 litres d’eau par jour (pour la boisson et l’hygiène) à chacun de ses citoyens, en abordant la question sous l’angle de la dignité et de l’équité. Déjà, en 1977, la conférence des Nations unies de Mar del Plata proclamait : « Tout le monde a le droit d’accéder à l’eau potable en quantité et en qualité égales pour ses besoins essentiels. » La ville de Djakarta, en Indonésie, dépense chaque année l’équivalent de 1 % de son produit intérieur brut (PIB) pour faire bouillir une eau peu sûre. La hausse du prix du pétrole à usage domestique à Lima (Pérou), en 1990, est une des principales causes de l’épidémie de choléra qui s’est par la suite propagée dans le reste de l’Amérique du Sud, les populations des quartiers défavorisées n’ayant plus les moyens de faire bouillir l’eau qu’elles consommaient.

Les problèmes de l’eau ne sauraient être traités isolément : ils doivent être intégrés dans les schémas de développement économiques et sociaux, afin d’assurer les besoins humains fondamentaux et de préserver les écosystèmes.

On ne peut consacrer près de la moitié des céréales à la production de viande et de poulet et, en même temps, gérer sagement les quantités finies d’eau dont dispose la nature. Ce qui est en jeu, c’est la sécurité alimentaire, la santé des populations, la paix et la stabilité du monde. Ce n’est donc nullement l’affaire des seuls techniciens. C’est pourquoi M. Kader Asmal, ministre sud- africain en charge des problèmes de l’eau, exprimait une opinion de bon sens lorsqu’il déclarait récemment : « Nous avons besoin d’un multilatéralisme actif et démocratique (18). » L’ONU, au terme de sa session spéciale consacrée à l’eau en juin 1997, recommande que l’on accorde « la priorité absolue aux graves problèmes d’eau douce auxquels sont confrontées de nombreuses régions du monde ». Elle incite à favoriser les transferts de technologie de l’eau sur les plans régional et international, à aider les pays du Sud à adopter « des modes de production agricole et industrielle plus évolués et plus économes en eau ». Enfin, « considérant le besoin urgent pour l’action… et les résultats tangibles dans le domaine de l’eau douce », l’Organisation appelle les gouvernements, sous l’égide de sa commission du développement durable, « à initier une approche stratégique pour la mise en oeuvre de tous les aspects de l’usage durable de l’eau douce pour des buts sociaux et économiques ». Elle note toutefois que « ce processus intergouvernemental ne portera pleinement ses fruits que si la communauté internationale lui alloue des ressources financières nouvelles et additionnelles (19). »

Mohamed Larbi Bouguerra.

Eau, Écologie

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Mohamed Larbi Bouguerra

Universitaire, auteur, notamment, de La Pollution invisible, PUF, Paris, 1997.

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(1) Rapport du secrétaire général des Nations unies, Evaluation générale des ressources en eau douce du monde, commission pour le développement durable, 5e session, 5-25 avril 1997, New York.

(2) Zhang Qishan et Zang Xiao, « Water issues and sustainable social development in China », Water International IWRA, vol. 20, No 3, 1995. Cité par Ted Vandeloo in Actes de la conférence organisée par le programme mobilisateur « Eau » de l’Alliance pour un monde responsable et solidaire à Penang (Malaisie), janvier 1997.

(3) Programme pour la mise en oeuvre de l’Agenda 21, adopté par la 19e session spéciale de l’Assemblée générale, Nations unies, New York, 1er juillet 1997.

(4) Abdulaziz S. Al-Turbak « Meeting future water shortages in Saudi Arabia » et E. A. Al-Obaid et M. N. Al Senafy, « Water consumption in Gulf countries : Myth or reality ? », Actes, IXe Congrès mondial de l’eau, Montréal, 1-6 septembre 1997.

(5) Sandra Postel, « Dividing waters : food security, ecosystem health and the new politics of scarcity » Worldwatch Paper 132, Washington, septembre 1996.

(6) Hillel Shuval, « Concepts of water security, food security and water stress for arid countries », Actes, IXe Congrès mondial de l’eau, Montréal, 1-6 septembre 1997.

(7) Christine Spolar « Danube divides Slovakia and Hungary in new way », International Herald Tribune, 25 septembre 1997.

(8) « Tap in the Attic », The Economist, Londres, 20 juin 1992.

(9) En octobre 1997, l’homme d’affaires québécois Jean Coutu a annoncé que son pays pourrait tirer d’immenses profits en exportant son eau potable. Lire Claude Picher, « Mahmoud Abou-Zeïd et l’eau miraculeuse », Le Devoir, Montréal, 4 septembre 1997.

(10) Leyla Boulton, « Developing world needs help from water companies », Financial Times, Londres, 17 avril 1997.

(11) Federico Mayor, « Water and civilization », in Actes du Premier Forum mondial de l’eau, Elsevier science, Oxford, 1997.

(12) Paul Lewis, « UN report warns of problems over dwindling water supplies », The New York Times, 20 janvier 1997.

(13) Melissa Healy, « Studies point up contamination of drinking water », Los Angeles Times, 2 juin 1995.

(14) Cf. note 3.

(15) Programme de l’ISP pour l’eau, 1993/1, Internationale des services publics, Ferney-Voltaire, 1997.

(16) Vandana Shiva, « Values beyond price », Our Planet, Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue), Genève, vol. 8, no 2.

(17) Les lois sur l’eau de 1964 et de 1992 ont institué, en France, une certaine forme de contrôle démocratique puisque, dans chacun des six grands bassins, élus, usagers, représentants de l’administration et industriels… se concertent. Une directive de l’Union européenne devrait élargir ce mode de concertation à toute l’Europe.

(18) Kader Asmal, discours inaugural, Global Water Partnership, Stockholm, 9 août 1997.

(19) Cf. note 3.

Édition imprimée — novembre 1997 — Page 24


RealPolitik Occidentale, vers moins de démocratie ?

avril 3, 2008

Quelles sont exactement les règles qui président au droit à la séparation et, plus généralement, à ce qu’on appelle l’autodétermination des peuples ? Certains nous disent s’y perdre un peu. Et en effet, à en croire les grands médias occidentaux :

En Asie, les Tibétains y ont droit. Mais pas les Irakiens, ni les Afghans.
Au Moyen-Orient, les Israéliens y ont droit. Mais pas les Palestiniens, ni les Kurdes.
En Afrique, les généraux mafieux de l’Est du Congo y ont droit. Mais pas le Sahara occidental.
En Amérique Latine, les riches provinces (de droite) de Bolivie et du Venezuela y ont droit. Mais pas les Indiens du Chili, du Mexique, etc…
Dans les Balkans, les Albanais du Kosovo y ont droit. Mais pas les Serbes du Kosovo, ni ceux de Bosnie.
En Europe occidentale, les Flamands y auraient droit, mais pas les Irlandais du Nord, ni les Basques.
Compliqué, en effet. Si on simplifiait tout ça ? N’auraient droit à l’autodétermination que ceux qui sont « avec nous ». Pas les autres.
Et tant qu’on y est, remplaçons aussi le mot “démocrate” par “avec nous” et le mot “terroriste”par “contre nous”.
Voilà, la politique, c’est simple quand on veut 


Tibet, le « grand jeu »

avril 3, 2008

Tibet, le « grand jeu » et la CIA

lundi 31 mars


Par Richard M Bennett, Asia Times – 26 mars 2008

Quand on replace l’agitation qui secoue le Tibet dans son contexte historique, on peut imaginer pourquoi Pékin a été pris de court lors les récentes manifestations ; c’est pour la simple raison que ces manifestations ont été préparées hors du Tibet et que la direction du mouvement est aux mains d’organisateurs anti-chinois, qui se trouvent hors de portée de la Chine, au Népal et en Inde du Nord.

De même, on doit associer le financement et le contrôle global de cette agitation au chef spirituel tibétain, le Dalaï Lama, et du fait de l’étroite coopération de celui-ci avec les États-Unis depuis plus de 50 ans, à la Central Intelligence Agency (CIA).

Etant donnée la profonde implication de la CIA dans le Free Tibet Movement et le financement de Radio Free Asia à l’information douteuse, il semble peu probable qu’une révolte puisse avoir été organisée ou s’être produite sans que le National Clandestine Service (anciennement connu sous le nom de Direction des Opérations), qui se trouve au siège de la CIA, à Langley, en ait été informé ou ait donné son accord.

Chroniqueur respecté et ancien haut fonctionnaire du renseignement indien, B Raman, a indiqué le 21 mars que « sur la base des preuves disponibles, il est possible d’affirmer avec un taux de certitude raisonnable » que le premier soulèvement de Lhassa, le 14 mars « a été pré-planifié et bien orchestré ».

Y a-t-il une base factuelle à l’hypothèse que les principaux bénéficiaires de la mort et la destruction radicale du Tibet sont à Washington ? L’histoire en suggère la possibilité.

La CIA procède à des actions secrètes à grande échelle contre la Chine communiste au Tibet depuis 1956. Cela a conduit en 1959 à un soulèvement qui a produit un désastre sanglant, des dizaines de milliers de morts Tibétains, et la fuite par les cols himalayens du Dalaï Lama et d’environ 100 000 fidèles vers l’Inde et le Népal.

La CIA avait établi un camp d’entraînement militaire secret pour les combattants de la résistance du Dalaï Lama au camp de Hale, près de Leadville, dans le Colorado, aux États-Unis. Les guérilleros tibétains y ont été formés et équipés par la CIA pour la guérilla et les opérations de sabotage contre les communistes chinois.

Les guérilleros entraînés aux Etats-Unis ont régulièrement effectué des raids au Tibet, lors d’opérations dirigées par des mercenaires sous contrat de la CIA, et appuyés par des avions de la CIA. Le programme de formation initiale prit fin en décembre 1961, bien que le camp du Colorado semble être resté ouvert au moins jusqu’en 1966.

(…)

Opus Incertum


La hausse du prix du riz déstabilise l’Asie (traduction)

avril 3, 2008

Nota : Cet article est très important car il marque le tournant décisif pour les économies sans base agricole. Le choc va aller en
s’accroissant et nous allons assister au retour des famines avec une vague de destabilisation alimentaire de certains etats
faibles. Cette “guerre” va progressivement se déplacer vers d’autres ressoruces avant d’embraser le secteur de l’eau (Eh oui !
vous avez bien lu, l’eau !).

La hausse du prix du riz destabilise l’Asie (traduction)

29 mars 2008

Réactions en chaine. L’accroissement de la demande, les déséquilibres du commerce mondial, la baisse du dollar, sans oublier la spéculation – comme aux plus beaux jours de l’Ancien Régime – concourent au renchérissement des aliments de base. Après l’Afrique de l’Ouest, secouée par des émeutes, puis l’Egypte, voici l’Asie à son tour en proie à la violence et aux troubles. La « règle » du marché, loin d’attribuer à chacun sa juste part comme le prétendent ses zélateurs, amplifie et aiguise les tensions mondiales, au gré des déréglements de forces devenues incontrôlables et irrationnelles. Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage, prophétisait en son temps Jaures. Faudra-t-il revivre à nouveau une sanglante catharsis pour que cette leçon redevienne nôtre ?

par Keith Bradsher, New York Times, 29 mars 2008

La hausse des prix et une peur croissante de la disette ont amené certains des premiers producteurs mondiaux de riz à annoncer une limitation drastique de leurs exportations en la matière.

Le prix du riz, qui constitue un des composants de base du régime alimentaire de près de la moitié de la population mondiale, a presque doublé sur les marchés internationaux au cours des trois derniers mois. Le budget de millions de pauvres Asiatiques s’en est trouvé amputé d’autant tandis que grandissent les craintes de désordres civils.

Pénuries et hausses des prix de nombreux produits alimentaires ont généré ces derniers mois des tensions et mêmes des violences de par le monde. Depuis janvier, des milliers de soldats ont été déployés au Pakistan pour escorter les camions acheminant blé et farine. Des protestations ont éclaté en Indonésie du fait de la pénurie de pousses de soja, tandis que la Chine rétablissait le contrôle des prix de l’huile de cuisine, des céréales, de la viande, du lait et des œufs.

Des émeutes ont éclaté ces derniers mois, pour des raisons similaires, en Guinée, en Mauritanie, au Mexique, au Maroc, au Sénégal, en Ouzbékistan et au Yémen. Mais les décisions prises ces deux derniers jours par les nations exportatrices de riz – qui visent à garantir la satisfaction de leurs propres besoins grâce à leurs maigres disponibilités – ont mené les prix à de nouveaux sommets sur les marchés.

L’insécurité des nations importatrices s’en est trouvée renforcée, qui désespéraient déjà d’assurer leur approvisionnement. Mardi, le Président Philippin Gloria Macapagal Arroyo, craignant une aggravation de la pénurie de riz, a mission des enquêteurs gouvernementaux pour repérer les accapareurs.

Cette hausse du prix du riz promet d’accroître la pression sur les prix aux Etats-Unis, qui importent, selon l’Association des Producteurs de Riz des Etats-Unis, plus de 30 % du riz que les Américains consomment. L’an passé déjà, le prix du riz payé par le consommateur avait augmenté de plus de 8 %.

Mais les Etats-Unis ont la chance d’être également exportateurs de riz ; les pays pauvres comme la République du Sengal en Afrique de l’Ouest ou les Îles Salomon dans le Pacifique Sud dépendent lourdement des importations et doivent aujourd’hui composer avec des factures plus élevées.

Le gouvernement vietnamien a annoncé vendredi qu’il réduirait cette année ses exportations de riz de près d’un quart. Il espère qu’en conservant davantage de riz pour sa consommation intérieure, le pays limitera la hausse des prix. Le même jour, l’Inde a interdit l’exportation de toutes les qualités de riz, à l’exception des plus onéreuses. L’Egypte a annoncé jeudi un moratoire de six mois sur les exportations de riz à compter du 1er avril, et, mercredi le Cambodge a gelé les exportations de riz, à l’exception de celles intervenant dans le cadre de l’activité des agences gouvernementales.

Les gouvernements d’Asie et ceux de nombreux pays d’Afrique consommateurs de riz s’inquiètent de longue date du fait qu’une hausse substantielle des prix pourrait générer une réaction de colère chez les habitants des villes aux faibles revenus.

« Des troubles ne sont pas à exclure, spécialement parce que les populations les plus affectées sont pauvres, urbaines et regroupées, et qu’ils peuvent plus facilement s’organiser que ne pourraient le faire par exemple des fermiers pour protester contre des prix trop bas, » affirmait Nicholas W. Minot, chargé de recherche senior à l’Institut de Recherche en Politiques Alimentaires Internationales de Washington.

Différents facteurs contribuent à alimenter la hausse rapide des prix du riz. L’élévation du niveau de vie en Inde et en Chine s’est accompagnée d’une hausse de la demande. Dans le même temps, la sécheresse et d’autres problèmes climatiques ont réduit la production en Australie et ailleurs. De nombreux fermiers se tournent vers des productions plus rentables et réduisent les superficies agricoles affectées à la production de céréales. Urbanisation et industrialisation ont enfin réduit la quantité de terre consacrée à la riziculture.

Au Vietnam, un obscur virus a arrêté, depuis trois ans, la croissance jusque là continue des niveaux de production de riz.

Selon Sushil Pandey, économiste agronome à l’Institut International de Recherche sur le Riz de Manille, jusqu’à ces dernières années, les probabilités d’évolutions rapides des prix étaient neutralisées par la tendance de nombreux gouvernements à constituer de larges réserves de riz afin de garantir leur sécurité alimentaire.

Mais le maintien de ces stocks engendrait un coût. Les gouvernements les ont donc réduits au cours de la dernière décennie, alors que la consommation mondiale de riz tendait à dépasser la production.

Les quantités relativement faibles qui échangées par-delà les frontières, combinées à des réserves réduites, permettent aujourd’hui d’importantes variations des prix lors d’interruptions dans les approvisionnements.

Dans le même temps, les prix fixés sur le marché international du riz ont un impact de plus en plus sensible sur les prix pratiqués au sein des pays. Ceci s’est particulièrement vérifié à l’ère d’Internet et des téléphones mobiles, qui permet aux fermiers des régions les plus reculées de connaître les prix et d’apprécier la justesse de celui proposé par leurs propres acheteurs. Cette semaine, avant même que les gouvernements n’imposent ces restrictions, les compagnies de négoce des pays exportateurs étaient devenues réticentes à s’engager à de nouvelles livraisons et attendaient de constater le niveau jusqu’auquel les prix allaient monter. « Le marché ne manquait pas d’éléments ces dernières semaines pour décider d’un temps mort », explique Ben Savage, Directeur du Riz de la Jackson Son & Company, une firme londonienne de négoce en marchandises. La flambée des prix causent déjà des privations dans les pays en développement.

Sur un marché couvert délabré d’un vieux quartier de Hanoi, Cao Minh Huong, une vendeuse de poteries, affirme que la montée des prix alimentaires, spécialement de celui du riz, la contraignent à modifier ses habitudes. « Je dépense autant en nourriture, mais les quantités sont moindres ».

Au même titre que la hausse des prix d’autres produits alimentaires, comme le blé, le soja, le porc et l’huile de cuisson, celle du prix du riz alimentent également l’inflation dans les pays en développement. Le prix de vente au détail du riz a déjà progressé de 60 % ces derniers mois au Vietnam, en conséquence de la hausse des prix de gros, mais alimente l’inflation. Le Premier Ministre vietnamien Nguyen Tan Dung a annoncé mercredi que la première priorité du gouvernement était désormais de combattre l’inflation. Les prix à la consommation ont globalement progressé de 19 % par rapport à mars dernier. Le taux d’inflation a presque triplé au cours de l’année passée.

La plupart des pays fortement consommateurs de riz en produisent traditionnellement suffisamment pour satisfaire leurs propres besoins. Seuls 7 % de la production mondiale est échangée sur les marchés internationaux chaque année, selon les chiffres de la FAO.

Nguyen Van Bo, le président de l’Académie Vietnamienne des Sciences Agronomes, qui coordonne l’activité des instituts gouvernementaux de recherche agronomique, explique dans une interview que son gouvernement s’attend à ce que la hausse de la production se poursuive après 2010 malgré l’expansion rapide de l’urbanisation et de l’industrialisation au détriment de terres qui étaient jusqu’ici consacrées à la riziculture. Selon lui le gouvernement formera les fermiers à alterner la culture du maïs avec celle du riz afin de circonvenir les maladies comme le virus qui sévit actuellement.

Le Vietnam, l’Egypte et l’Inde ont tous trois limité leurs exportations de riz l’an passé, mais ces restrictions, bien moins drastiques, n’étaient intervenues que tardivement dans l’année, alors que de plus grandes quantités de riz avaient déjà été expédiées.

Le gouvernement thaïlandais, le premier exportateur de riz avant le Vietnam, n’a pas encore limité les quantités qu’il entend exporter. Mais un débat national y est mené sur le point de savoir si une telle décision ne serait pas opportune et, en pratique, selon Monsieur Savage, les exportateurs thaïlandais ont déjà cessé de signer des contrats de livraison.

Avant même que le Vietnam et l’Inde n’annoncent leurs décisions, les offres pour les qualités les plus courantes de riz thaïlandais de taille moyenne avait doublé cette année pour atteindre 735 $ la tonne. Le prix du riz Vietnamien de taille moyenne a presque doublé et atteint 700 $ la tonne. L’essentiel de cette augmentation est intervenue au cours des quatre dernières semaines. Les offres ont progressé de 50 $ vendredi.

Les gouvernements ont été réticents à encourager leurs fermiers à vendre leur riz à des prix bas, par crainte de les voir geler leurs stocks à des fins de spéculation ou de renoncer à en produire suffisamment. Vendredi, la Chine, virtuellement autosuffisante en riz, a relevé le prix minimum garanti aux fermiers pour le riz et le blé.


Tibet : Géopolitique de la Paille et de la Poutre

avril 3, 2008

Tibet : Géopolitique de la Paille et de la Poutre

29 mars 2008

« A chaque séjour à l’étranger, en dehors de ce que communément on appelle l’Occident, je suis frappé de voir combien nos discours et propagandes n’ont aucune prise. Aucune crédibilité, en dehors de son espace territorial. A part, évidemment, le cercle des castes locales protégées par les armes occidentales. » Georges Stanechy, professionnel du développement à l’international, déconstruit les prétentions de l’occident à s’ériger en donneur de leçons morales.

Par Georges Stanechy, 28 janvier 2007

En Amérique latine, en Asie, en Afrique, nos leçons sur la démocratie ou le respect des droits de l’homme, qu’affectionnent tant nos politiques et nos médias, ne sont pas prises au sérieux. « Double langage hypocrite » est le qualificatif le plus souvent employé, lorsqu’on veut rester poli avec nous. Vision totalement différente ? C’est, surtout, une évolution géopolitique, une véritable lame de fond en train de se lever face au « double standard » de l’Occident, pour reprendre l’expression couramment employée en anglais.

Une de mes plus fortes expériences, dans ce renversement de perspective, s’est produite lors d’un dîner avec des Chinois, de la République Populaire de Chine. J’avais sympathisé avec eux en travaillant sur des projets d’investissement (1). Cette soirée célébrait la fin de nos travaux.

A la fin du repas, la confiance et la sympathie étant partagées, je me suis hasardé à leur demander ce qu’ils pensaient des remarques sur le Tibet que leur adressaient régulièrement les délégations occidentales en visite chez eux. Pour réponse, j’ai eu droit à un grand éclat de rires de la part de mes interlocuteurs. Leur responsable hiérarchique, d’une culture et expérience internationale impressionnantes, m’expliqua :

· « … Le Tibet ? Nous avons sorti cette province, de la misère où l’avait plongé la théocratie d’un clergé bouddhiste dévoyé. Bouddha, c’est le spirituel pas le temporel : à l’opposé d’une religion d’Etat. Des siècles de misère, d’ignorance et de fatalisme. Nous y construisons des hôpitaux, des établissement d’enseignement, des routes, des stations d’épuration d’eau pour l’eau potable, un réseau électrique, un réseau d’assainissement pour les égouts, un réseau GSM, un réseau ferré qui est un des plus grands exploits techniques dans l’histoire du transport… Nous y apportons le développement et le bien-être.

Tout cela, vous n’en parlez jamais. Bien sûr, on ne rattrape pas des siècles de retard en quelques années. Mais, on va y arriver. Vos tentatives de déstabilisation avec ses faramineux budgets de propagande, qui soulageraient bien des misères de par le monde, ne nous impressionnent pas.

· Mais, les droits de l’homme, les droits à l’autodétermination, la liberté de vote

· Vous, occidentaux, vous tournez le dos à l’évolution du monde. Nous, nous construisons là où nous allons. Vous, quand vous n’êtes pas dans un rapport de forces à peu près égal, vous ne savez que détruire, asservir et piller. Vous vivez encore sur des idées du XVI° siècle, même si vous employez des techniques modernes…

· Mais, les pressions au sujet du Tibet…

· Regardez, au Moyen-Orient, par exemple : vous vous dites laïcs, et vous êtes en train d’imposer des théocraties en créant des Etats fondés sur l’appartenance religieuse et confessionnelle. Il faut être chrétien, juif, sunnite, shiite, druze, maronite, kurde, pour avoir une existence légale, un Etat. Bien sûr, c’est pour mieux les contrôler en les opposant, pour les piller. Plus vous morcelez et plus vous êtes tranquilles pour contrôler la région et pomper le pétrole ou le gaz.

· Mais, concernant le Tibet…

· Vous ne respectez rien : vous choisissez les dirigeants. Sans tenir compte du choix électoral des peuples. Vous renversez des gouvernements légitimes, protégez des dictatures, des criminels de guerre. Vous réduisez en cendres des pays : vous bombardez, rasez des villes, des villages, emprisonnez des milliers de gens, tuez, torturez… Et, en plus : vous financez, provoquez, encouragez des guerres civiles, comme vous l’avez fait en Chine pendant si longtemps.

Ce sont des centaines de milliers de morts et de blessés et des destructions incalculables, depuis que vous avez pris la succession de l’Empire Ottoman en 1918… Au minimum, 2 millions de morts. Un véritable génocide. Et, ce n’est pas encore fini. Vous voulez détruire l’Iran. Mais, comme la Chine, le Moyen-Orient sera un jour maître de son destin, sans avoir à subir la loi de l’Occident… A ce moment-là, il y aura une redistribution des cartes.

· Mais, les interventions à propos du Tibet…

· J’y viens… Il y a une différence fondamentale, entre les occidentaux et nous : quand on prétend nous donner une leçon, nous écoutons poliment, par courtoisie à l’égard de nos invités ou de nos hôtes. Nous avons le Temps avec nous. Vous, vous n’êtes capables d’écouter que votre arrogance. Et, çà l’Histoire en marche n’en a rien à faire. Vos « idées politiques » ne sont pas crédibles : vous faites le contraire de ce que vous déclarez.

Vous des démocrates ? Il n’y a pas pires prédateurs ! Pour le moment, vous n’avez que la technique et la force pour vous imposer. Personne ne croit le premier mot de vos leçons de démocratie. Un jour, dès le milieu de ce siècle, vous serez dépassés, marginalisés. Et, ce jour-là, vous commencerez à écouter et à regarder. Ce jour-là seulement, nous le savons. Voyez : vous nous avez pillé (2) pendant un siècle, pensant que cela allait durer éternellement. Et, puis…

Mais, nous savons faire la différence entre les dirigeants politiques de l’Occident, sans foi ni loi, et les peuples qui le composent, et qui sont anesthésiés de propagande. C’est pour çà, que nous buvons à la santé du peuple français et à ta santé, Georges !… »

Et, de partir dans un grand éclat de rire. Je me suis toujours demandé comment mes joyeux compagnons de soirée arrivaient à tenir un repas arrosé de cognac, du début jusqu’à la fin. Toujours aussi lucides, précis et donnant à réfléchir…

De sacrés bons vivants, nos amis Chinois. Mais, en plus, eux : ils voient loin

(1) Investissements chinois en dehors de la Chine, et même de l’Asie. (2) L’Occident s’est emparé des richesses de la Chine (notamment ses ports, son commerce extérieur et ses douanes) à la suite de la Guerre de l’Opium en 1842, et le traité de Nankin du 29 août, lui arrachant des concessions territoriales et des territoires (Hong Kong), suivi d’autres conflits et traités conduisant à un dépeçage massif. Les premiers pays à s’allier et mener des opérations militaires conjointes contre la Chine ont été : la Grande-Bretagne, la France, et les USA. Par la suite, pour se maintenir dans cet immense pays, divers chefs de guerres étaient soutenus financièrement pour poursuivre leurs guerres civiles. Jusqu’au bouleversement de la seconde guerre mondiale, en Asie, et la victoire de Mao.

Georges Stanechy travaille dans le domaine du conseil en gestion à l’international, de la création d’entreprises et du développement.


Discours de Dakar : L’Afrique répond à Sarkozy

mars 27, 2008

Discours de Dakar : L’Afrique répond à Sarkozy

7 mars 2008

L’Afrique Répond à Sarkozy, ouvrage collectif d’intellectuels africains publié en réaction au Discours de Dakar, a été présenté par le chroniqueur du Monde Philippe Bertrand comme un « étalage souvent atterrant d’absurdités, d’approximations et de conformisme intellectuel. » M. Jean-Luc Raharimanana, l’un des signataires, a proposé sans succès au Monde un droit de réponse, que nous reproduisons ici, accompagné de la réaction de M. Makhily Gassama, ancien ministre de la culture du Sénégal et coordinateur de l’ouvrage, dont M. Bertrand avait dit qu’ « avec lui le pire était atteint. »

afrique répond à Sarkozy

Droit de réponse par Jean-Luc Raharimanana, refusé par Le Monde : Lettre ouverte à Philippe Bernard

J’ai lu votre article concernant notre ouvrage collectif « L’Afrique répond à Sarkozy ». Permettez-moi ce droit de réponse même si votre texte s’acharne plus particulièrement sur Makhily Gassama, le coordinateur de l’ouvrage. Vous amenez sa contribution sur le terrain d’un débat complètement faussé : un débat d’ignare et d’obscurantiste. Alors que Makhily Gassama passe en revue le piège du mépris tendu au nègre tout au long de l’histoire, vous lui mettez sous la plume les mots de ceux qu’il combat, avant de le traiter de paranoïaque et d’antisémite ! Que devrons-nous penser de ce procédé que communément on appellerait pernicieux ?

(JPG)Vous parlez ensuite pour l’ensemble du livre d’un étalage atterrant d’absurdités et d’approximations sans le démontrer ! Le lecteur doit bien sûr vous croire sur parole, vous qui êtes « spécialiste de l’Afrique », contrairement à Makhily Gassama qui a consacré quarante ans de sa vie à sillonner le continent. N’en parlons pas des autres contributeurs comme Djibril Tamsir Niane, co-auteur avec feu Joseph Ki-Zerbo de « L’Histoire générale de l’Afrique » (Unesco/Présence Africaine), ils ont sûrement besoin de vos lumières de grand critique et de juge suprême. Je passe volontairement sous silence le nom de Théophile Obenga : tout ce qui se rapporte à Cheikh Anta Diop a le don d’exaspérer certains cercles bien identifiés et assez douteux.

Plus loin, le reste des contributions ne témoignent pour vous que d’un monceau d’aigreurs accumulées – depuis l’esclavage jusqu’à la Françafrique. « Monceau d’aigreurs » donc lorsqu’il s’agit de dénoncer les forfaits subis par l’Afrique ? Tant de crimes contre l’Humanité, tant de constance dans la cruauté résumés en une seule expression : monceau d’aigreurs ! Quel mépris, quel manque de vision critique…

Et quand vous me citez : « L’immense majorité des Africains n’attend de la France ni repentir ni excuse », serait-ce pour mieux conforter la non repentance clamée du sommet de l’Etat-Sarkozy ? Vous occultez le fond de mon article : l’Afrique, malgré les trahisons de ses dirigeants, a, vaille que vaille, commencé son travail de mémoire, et invité la France à faire de même. Selon vous, dans ce grand délire, il n’y aurait qu’Ibrahima Sall pour avoir une hauteur de vue. Par une phrase qui comme par miracle pose la France sur un piédestal : la nation la mieux placée pour inspirer à l’Afrique “l’universel-concret”…

Soyez certains que le public qui connaît bien l’Afrique ne sera pas dupe de votre numéro de tam-tam.

JL. Raharimanana, co-auteur du livre ” L’Afrique répond à Sarkozy source : Senactu

Réponse de Makhily Gassama : PHILIPPE BERNARD OU LA VOIX DU MAÎTRE

(JPG)La critique des œuvres de l’esprit a toujours été, depuis l’adolescence, ma principale occupation. C’est dire que j’aime la critique quand elle n’est pas fondée sur la mauvaise foi, quand elle n’est pas dictée par cette malhonnêteté intellectuelle qui a toujours caractérisé les esprits faibles à court d’arguments. Ils n’ont qu’injures à la bouche. Le journaliste Philippe Bernard se trompe d’époque et de génération. Il oublie qu’il n’y a, désormais, ni maître ni valet. Dans son foudroyant réquisitoire contre L’Afrique répond à Sarkozy, publié dans le quotidien Le Monde du 28 février 2008, sous le titre surprenant « Des intellectuels africains en colère », il a encore fait la preuve de sa légèreté, de sa malhonnêteté et de ses limites intellectuelles, qui ne surprennent pas les lecteurs de ce médiocre et prétentieux « spécialiste de l’Afrique ». Le temps est révolu où le jugement sans fondement du plus piètre journaliste de l’hexagone pouvait nous faire trembler d’effroi en Afrique.

Le Monde est un grand journal qui n’échappe pas, en France, à la règle générale qui régit les services africains des médias : la promiscuité de l’excellence et de la médiocrité. On y trouve des hommes et des femmes de compétence et de rigueur, respectables, tout soucieux du développement du continent ; comme on y trouve aussi les rebuts de la presse française, des aventuriers sans culture, fanfarons, au ton toujours péremptoire, affairistes, qui broient du nègre, dont la seule force réside dans leur ancrage dans le système de domination et de prédation que nous ne cesserons jamais de dénoncer avec force et entêtement ; ces faux spécialistes – il y en a de plus en plus dans les médias français – ne sont là, en vérité, que parce qu’ils ne sont spécialistes de rien. Nous les connaissons, et Philippe Bernard en est un.

Le rôle des médias dans les relations de l’Europe et de l’Afrique ne sont pas négligeables. Ce sont les prétendus « spécialistes de l’Afrique » qui constituent les funestes et opaques écrans entre le peuple français et le continent africain ; aucune image positive de ce continent ne doit passer la rampe, ne doit être soumise à ce peuple généreux et juste. Ce sont eux les principaux pourfendeurs de la coopération entre la France et ses anciennes colonies, une coopération qui peine à se fonder sur le respect de la dignité des différentes parties. Ce sont ces misérables prétendus « spécialistes de l’Afrique », qui ont largement contribué, tant sous les régimes coloniaux que de nos jours, au patient processus d’infantilisation de l’Africain aux yeux du monde, surtout aux yeux de leurs populations ; ils continuent d’épauler la Françafrique tout en faisant semblant de militer pour certaines causes certes justes, mais sans conséquences notables sur le développement réel de nos pays. Les vraies causes, ils les combattent tantôt sournoisement tantôt avec effronterie.

Il n’est pas idiot – et c’est, ici, le seul mérite de ce journaliste inculte – de s’en prendre à moi, initiateur du projet de cet ouvrage collectif, dans le but de démolir l’ensemble de l’édifice. Aux yeux de ce médiocre critique littéraire, j’ai eu le tort, dans ma contribution à L’Afrique répond à Sarkozy, de suivre et de dépeindre le mépris qui a couvert le nègre à travers des millénaires, de la malédiction de Cham à nos jours ; je n’ai pas le droit, en passant, d’évoquer l’esclavage, la colonisation et de porter des jugements, éclairés par des preuves, sur la Francophonie, de me référer à des sommités intellectuelles, comme Cheikh Anta Diop, Théophile Obenga et tant d’autres, que ce grandiloquent journaliste appelle « groupuscule africain antisémite » ; c’est toujours ça, l’argument des médiocres ; ce qui révèle, du reste, de façon flagrante, son ignorance totale des réalités africaines contemporaines. La médiocrité, dans cet univers médiatique français, est toujours prompte à brandir les épouvantails traditionnels.

Je n’ai pas le droit, à ses yeux, de m’exprimer avec assurance, d’étaler mes convictions, mes expériences de plus de quatre décennies de travail acharné sur le terrain africain, je n’ai pas le droit de m’adresser ainsi à nos partenaires français. Quelle prétention abominable ! Pour Philippe Bernard, de la part d’un Africain, d’un valet qui vient à peine de sortir du joug de son pays, actuellement nourri et blanchi par son pays, c’est « condescendant », « paranoïaque », et l’ouvrage, dans son ensemble, est aussitôt jugé comme « un étalage souvent atterrant d’absurdités, d’approximations et de conformisme intellectuel », autant de jugements hâtifs et téméraires sans la moindre preuve à l’appui. Insister, dans le processus de développement de nos pays, sur l’indispensable implication des forces vives de la nation, des acteurs internes, souvent ignorés des gouvernants, dénoncer les désastres causés par la Françafrique sur nos terres, exiger une coopération juste, fondée sur le respect réciproque, bref réclamer à haute voix une rupture significative des relations entre l’Afrique et la France grâce à une remise en question totale de notre politique commune de coopération, c’est, pour Philippe Bernard, « manquer de réponses convaincantes au sous-développement du continent » puisque sans la volonté de la France il n’y aura pas de développement.

« La hauteur de vue », pour ce curieux critique, consiste à mettre la France, dans nos systèmes de coopération, au-dessus de toutes les nations du monde : le maintien du pacte colonial, quoi ! D’où les citations tronquées – renvoyant à la France – qu’il a hâtivement tirées des textes de Raharimanana, de Mwatha Musanji Ngalasso et de Ibrahima Sall, comme si les autres pays d’Europe et d’ailleurs n’existaient pas, citations qui, isolées de leur contexte, semblent répondre, aux yeux du lecteur non averti, aux préoccupations de ce journaliste véreux. Un de ses objectifs, ici, est d’opposer les auteurs les uns aux autres. Demain, il cherchera à opposer les auteurs de ce livre à l’ensemble des intellectuels africains. Vaine tentative car l’Afrique est majeure. Et nous lui répondrons.

Au fait, il n’a pas lu l’ouvrage dont il parle avec une fausse assurance tant il est pressé d’orienter, dans la presse française, les critiques dans le sens souhaité ; c’est le comble de la malhonnêteté intellectuelle ; il s’est contenté de parcourir quelques lignes pour pondre son papier plein de mépris, voire de haine au nom d’un quotidien aussi respectable que Le Monde. Les jugements injurieux qu’il adresse aux auteurs sans s’appuyer sur les idées développées par ces derniers – idées qu’il ne connaît pas – et les citations volontairement dévoyées le prouvent suffisamment.

Le souci qui occupe l’esprit vicieux de cet homme est clair : jeter l’opprobre sur le travail accompli pour éloigner les lecteurs de son journal de L’Afrique répond à Sarkozy en s’appuyant surtout sur les épouvantails traditionnels bien connus. Les intellectuels africains y sont habitués, à commencer par les plus grands d’entre eux. Pour une fois, Philippe Bernard sera manifestement démasqué : le lecteur lira l’ouvrage à la fausse lumière de ses fausses accusations, et il élaborera son propre jugement en toute liberté.

* Makhily Gassama, co-auteur et coordinateur du livre ” L’Afrique répond à Sarkozy “. source : Senactu


Propos de Mr Philippe Bernard dans le Monde du 28.02.08

mars 27, 2008

Des intellectuels africains en colère

LE MONDE | 28.02.08 | 16h58  •  Mis à jour le 28.02.08 | 16h58

Séculaire, l’histoire d’amour ambiguë que vivent la France et l’Afrique ne date pas de l’élection de Nicolas Sarkozy. Mais il a suffi d’un discours, prononcé à Dakar le 26 juillet 2007, pour que le nouveau président de la République réveille les pires accusations de condescendance et de néocolonialisme.

Sentencieux, essentialiste, le “discours de Dakar” a été reçu comme une insulte par les universitaires qui composaient l’auditoire. Là où ils attendaient les signes de la “rupture” annoncée dans les relations franco-africaines, ils n’ont eu droit qu’à un procès en responsabilité et à une justification de la colonisation.

Sept mois plus tard, alors que M. Sarkozy s’apprête à prononcer, en Afrique du Sud, un nouveau discours, sont publiées les “réponses à Sarkozy” d’une vingtaine d’intellectuels africains. L’ennui est que l’ouvrage, plutôt que de développer des ripostes constructives et des analyses opérationnelles, offre un étalage souvent atterrant d’absurdités, d’approximations et de conformisme intellectuel. Comme si seule l’outrance grandiloquente pouvait rétorquer à l’agression pontifiante.

Le pire est atteint dès le premier texte signé de Makhily Gassama, ancien ministre de la culture du Sénégal et coordonnateur de l’ensemble. A le lire, Nicolas Sarkozy n’est rien d’autre que l’héritier de l’Ancien Testament qui, avec la malédiction de Cham – qui fut maudit pour avoir vu la nudité de son père, Noé -, a diffusé le mythe du malheur des Noirs. L’esclavage des Hébreux sous les Egyptiens – un peuple de Noirs – serait à l’origine de ce bannissement. L’auteur reprend ainsi des thèmes chers aux groupuscules africains antisémites. Le texte atteint le délire en dressant un parallèle entre Moïse et… Hitler.

L’esclavage, la colonisation et même la francophonie, “cette honteuse escroquerie planétaire”, ne seraient ainsi que des manifestations de ce “piège infernal” tendu aux Africains “depuis l’Arche de Noé”, et mis “au service des intérêts occidentaux”. Sur pareil présupposé, comment construire des réponses convaincantes au sous-développement du continent ?

Heureusement, les autres contributions ne reprennent pas ces divagations paranoïaques. Elles témoignent du monceau d’aigreurs accumulées – depuis l’esclavage jusqu’à la “Françafrique” -, et révélées par le discours de M. Sarkozy. Mais aussi de la difficulté des intellectuels à analyser les errements de responsables africains autrement qu’à travers le soutien de la France néocoloniale. Les promesses de M. Sarkozy leur avaient fait espérer une plus grande vigilance démocratique de la part de Paris. La profondeur de la déception est à la hauteur des attentes qui, même sous la hargne, s’expriment avec force.

Mais l’exigence d’un nouveau dialogue franco-africain suppose un préalable auquel le président français n’a pas souscrit. “L’immense majorité des Africains n’attend de la France ni excuse ni repentir. Depuis longtemps, elle a pardonné. Ce que l’Afrique attend, c’est la fin de l’occultation de faits historiques”, écrit ainsi Raharimana, écrivain malgache.

L’Afrique est prête à reconnaître “sa part de responsabilité dans son propre malheur” à condition que la France en fasse autant à propos de la colonisation, précise le sociolinguiste Mwatha Musanji Ngalasso. A cet égard, la présentation par le président des échecs actuels du continent comme justifiant a posteriori la colonisation, a joué le rôle d’un chiffon rouge. De même, sa célébration du métissage euro-africain a été perçue comme une hypocrisie dans la bouche du champion des expulsions d’immigrés.

Et il faut toute la hauteur de vue de l’économiste sénégalais Ibrahima Sall pour voir dans la provocation de M. Sarkozy une invitation à “construire une politique de l’universel-concret” que “nulle autre que la France n’est mieux placée (…) pour inspirer”.


“L’Afrique répond à Sarkozy. Contre le discours de Dakar” dirigé par Makhily Gassama. Ed. Philippe Rey, 480 pages, 19,80 €

Philippe Bernard

Article paru dans l’édition du 29.02.08.
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Jacques Bouveresse : la philosophie morale s’est complètement substituée à la philosophie sociale

mars 27, 2008

Jacques Bouveresse : la philosophie morale s’est complètement substituée à la philosophie sociale

21 mars 2008

« Sur les incendies des immeubles vétustes où étaient entassées des familles immigrées, sur la crise des banlieues, sur les mobilisations contre le CPE, nous n’avons pas entendu ou lu la moindre réaction de nos grandes têtes pensantes ; pas une n’a réagi. Autrement dit, la question sociale a disparu. C’est bien ce que Bourdieu avait prévu dans les dernière années de sa vie. Nous en parlions souvent. » Le philosophe Jacques Bouveresse s’interroge sur le rôle des intellectuels et des médias. « Sommes-nous maîtres de nos croyances ? Jusqu’à quel point sommes-nous libres à leur égard ? Ce problème est lié notamment à l’usage que l’on fait ou ne fait pas de l’information disponible et aux possibilités de manipulation et d’endoctrinement. »

Entretien avec la revue Nouveaux Regards, juillet 2006 (extraits)

Nouveaux Regards : Nous souhaiterions, si vous le voulez bien, connaître l’état de vos réflexions et de vos travaux en matière philosophique, mais également vous interroger sur les problèmes d’actualité politique et sociale. En particulier, qu’en est-il, selon vous, des rapports entre le politique, les intellectuels et le pouvoir médiatique ?

Jacques Bouveresse : Je viens de publier un article sur la question des médias et des intellectuels dans Le Monde diplomatique de mai dernier. J’en suis arrivé, je l’avoue, à un état assez voisin de la dépression vis-à-vis du monde intellectuel.

Sur les incendies des immeubles vétustes où étaient entassées des familles immigrées, sur la crise des banlieues, sur les mobilisations contre le CPE, nous n’avons pas entendu ou lu la moindre réaction de nos grandes têtes pensantes ; pas une n’a réagi. Autrement dit, la question sociale a disparu. C’est bien ce que Bourdieu avait prévu dans les dernière années de sa vie. Nous en parlions souvent.

La philosophie morale s’est complètement substituée à la philosophie sociale. Vous remarquerez que les livres qui se vendent se situent dans le registre « apprendre à vivre », comme ceux de notre illustre ex-ministre Luc Ferry. Vous remarquerez aussi la façon dont Alain Finkelkraut s’est exprimé sur le problème des banlieues, ou Hélène Carrère d’Encausse. Ce que nous avons entendu m’a semblé, dans leur cas, positivement honteux ; mais cela ne scandalise plus vraiment, parce que la prédication morale remplace de plus en plus la réflexion sur le social.

Pour ce qui concerne la relation du monde politique et médiatique avec les intellectuels, le phénomène BHL m’intéresse depuis longtemps. Il y a d’ailleurs aussi la question des relations du monde politique avec les intellectuels. Les politiques sont tous béats d’admiration devant Bernard-Henri Lévy. J’ai lu le livre que Nicolas Beau et Olivier Toscer lui ont consacré. On y trouve une citation assez incroyable de Bernard Kouchner qui aurait dit : « Oh BHL, on savait depuis le début que c’était du toc, et qu’on a laissé faire. L’idéologie française, c’est aussi ça, parfois : conforter les intellectuels, même quand ils barbotent dans l’approximation et l’erreur. ».

J’ai trouvé ces propos effarants. Cela revient en gros à dire que, à tout prendre, mieux vaut passer pour des cyniques que pour des gogos. Les politiciens n’ont tenu aucun compte de ce qu’ont dit des gens sérieux et informés (comme par exemple Pierre Vidal-Naquet ) à propos de certains des livres de BHL. On n’est arrivé à rien, et en partie à cause de l’attitude du monde politique qui se prosterne devant la célébrité, alors qu’il ignore totalement les représentants de l’université lorsqu’ils essaient de dire « non ». Contre ce genre de chose, les arguments ne pèsent à peu près rien.

Comment travaillez vous ?

(…)

Le problème de la croyance est de plus en plus à l’ordre du jour, et cela fait des années que je m’en préoccupe. Y a-t-il, comme on le dit, un retour du religieux, ou bien n’est-ce qu’une simple apparence ? Ce qui « revient » mérite-t-il, véritablement, d’être appelé le religieux, ou bien ne s’agit-il pas en réalité de quelque chose d’autre ?

J’ai été beaucoup intéressé, sur ce point, par le livre de Georges Corm, La Question religieuse au XXIe siècle, qui montre que, s’il y a des formes nouvelles d’irruption du religieux dans le champ politique, il n’y a probablement pas de retour de la religion elle-même. J’ai aussi relu avec beaucoup de plaisir et de profit certains classiques comme Les Variétés d’expériences religieuses, et La Volonté de croire de William James.

Quel est le rôle respectif que jouent la volonté et l’intellect dans la croyance ? Sommes-nous maîtres de nos croyances ? Jusqu’à quel point sommes-nous libres à leur égard ? Ce problème est lié notamment à l’usage que l’on fait ou ne fait pas de l’information disponible et aux possibilités de manipulation et d’endoctrinement.

Alors que nous n’avons, en théorie, jamais été aussi bien informés, il n’est pas du tout certain que nous soyons réellement mieux armés pour lutter contre les croyances irréfléchies ou erronées. On peut se demander, par exemple, si l’influence des médias contribue à développer ou, au contraire, à amoindrir la capacité de jugement et la liberté intellectuelle.

Chomsky est, à cet égard, un des intellectuels qui me fascinent le plus, et je ne suis pas sûr que l’on ait mesuré réellement l’importance de ce qu’il est en train de faire. Dans ses écrits actuels, il est d’une violence inimaginable à l’égard de son propre pays, les Etats-Unis, il accuse ouvertement le gouvernement américain d’avoir un comportement et une politique criminels. Et il pose cette question qui me tourmente depuis très longtemps : que pouvons-nous et que devons-nous faire pour que les gens deviennent un peu plus capables de pratiquer ce qu’il appelle l’ « autodéfense intellectuelle » ? De se défendre réellement quand ils sont en état de légitime défense, face à la propagande, à la manipulation, au mensonge d’Etat et au mensonge médiatique, etc.

(…)

N.R : Vous revenez souvent à Karl Kraus. Quelle est son actualité sur la question du pouvoir des médias et de la presse ?

Il est paru, ces derniers temps, une cascade d’ouvrages critiques sur la presse. Mais ce n’est pas tout de formuler des diagnostics, il faut aussi en tirer des conclusions. Or je n’ai pas l’impression que tel ait été le cas. Kraus disait que l’anti-corruptionnisme abstrait sert la corruption. Ce que l’on aimerait voir, ce sont des changements concrets et l’on n’en voit pas beaucoup. Ainsi, les phénomènes d’« emballement » médiatique, par exemple, peuvent avoir un effet absolument destructeur sur la vie des gens (voir notamment ce qui s’est passé à l’occasion du procès d’Outreau).

On aimerait, après coup, que la presse ne se contente pas d’excuses plus ou moins hypocrites, mais reconnaisse clairement ses fautes et fasse le nécessaire pour qu’elles ne se répètent pas. Mais ce n’est pas du tout l’impression qu’elle me donne. Pour être tout à fait franc, je dois dire que son pouvoir (et sa bonne conscience) me font toujours un peu peur.

Regardez ce qui s’est passé avec la presse américaine, qui passe en général pour ce qui se fait de mieux en matière de sérieux et d’indépendance. Au moment du déclenchement de la guerre en Irak, elle s’est prêtée largement à une opération de manipulation et de propagande en faveur d’une guerre que les responsables politiques et militaires étaient décidés à déclencher de toute façon. . Elle a cru et diffusé largement les mensonges du gouvernement Bush, et l’a reconnu par la suite. Mais qu’est-ce qui empêche que cela recommence exactement de la même façon la prochaine fois ? Je trouve cet exemple particulièrement inquiétant.

De façon générale, je me sentirais un peu plus rassuré si, pour parler comme Kraus, il y avait des conséquences et si les bévues monumentales et les fautes inexcusables étaient réellement sanctionnées, au moins par le mépris du lecteur. Et je préférerais, autant que possible, ne pas avoir à compter uniquement sur le sens moral et le sens de la responsabilité dont la profession journalistique ne perd pas une occasion de faire état et qu’elle considère comme une garantie suffisante pour que le pire soit évité.

Il se pose également – elle est même plus que jamais à l’ordre du jour – la question de l’indépendance de la presse par rapport au pouvoir économique, et en particulier celle du rôle déterminant que joue la publicité. Quand on voit l’évolution de certains journaux, notamment de Libération, on est obligé de se poser certaines questions. Peut-on rester libre quand on devient économiquement dépendant à ce point ? Kraus, qui a commencé à publier sa revue, Die Fackel, en 1899, a toujours pensé qu’il ne pouvait pas y avoir d’indépendance intellectuelle et morale sans indépendance économique.

Le problème important, en ce qui concerne la corruption, n’est pas le fait qu’elle existe, mais bien la tolérance et la compréhension dont elle bénéficie. Comment expliquer autrement le succès politique d’un personnage aussi corrompu (et corrupteur) que Berlusconi qui, pour un peu, aurait réussi à se faire reconduire au pouvoir et espère bien, du reste, y revenir rapidement ? Ce sont les citoyens ordinaires qui commettent une faute quand ils renoncent à sanctionner la corruption notoire et choisissent même, dans certains cas, de la récompenser.. Comme le dit Kraus, le mot d’ordre semble être plus ou moins : « Ne perturbez pas les gens, mettez-vous à table ». Autrement dit, « N’embêtez pas les gens avec la corruption, faites en plutôt autant si vous le pouvez ».

C’est désolant car, en France comme ailleurs, il y a un nombre considérable d’hommes et de femmes politiques qui sont très honnêtes, mais en même temps on a l’impression que, même eux, par solidarité, hésitent souvent à dénoncer ouvertement les brebis galeuses. Des exemples comme ceux de Pasqua ou de Tibéri, qui n’ont jamais jusqu’à présent été sanctionnés pour quoi que ce soit, incitent fortement à se demander s’il n’y a pas une sorte de prime à la corruption, tolérée plus ou moins par le monde politique lui-même. Ceux qui protestent sont qualifiés avec mépris de « moralistes », de puritains ou, pire encore, d’inquisiteurs. C’est désastreux, parce que le monde politique n’a sûrement pas fini de payer le discrédit dans lequel il est tombé et ne semble avoir aucune envie réelle de sortir.

N.R : On a l’impression d’une réelle collusion entre les grands médias, les intellectuels et le pouvoir de l’argent. Comment en sortir ?

J.B : Karl Kraus parlait de la détresse pitoyable des gens honnêtes face aux gens culottés, je dirais « culottés et malhonnêtes ». Les honnêtes gens ont rarement eu autant de raisons de se sentir floués et d’éprouver un sentiment de détresse face à l’arrogance et l’impudence des détenteurs du pouvoir et de l’argent qui se considèrent comme au-dessus des règles. Quand je vois le degré auquel on est tombé sous la domination du pouvoir de l’argent, c’est terrifiant.

BHL nous a avertis à différentes reprises qu’il ne fallait surtout pas « diaboliser » l’argent (c’est, d’après lui, une idée dangereuse et, pour tout dire, préfasciste). Mais quand on observe avec quels égards et même quelle vénération l’argent est traité aujourd’hui, il n’y a sûrement pas de souci à se faire. Pour ma part, j’ai plutôt le sentiment qu’il est proprement divinisé ! Je suis consterné par la passivité totale d’un monde intellectuel qui contemple sans réagir l’évolution d’un capitalisme en train, à bien des égards, de redevenir plus ou moins sauvage.

Kraus avait déjà commencé à se battre contre l’avènement d’une forme de capitalisme essentiellement spéculatif et financier, orienté essentiellement en fonction du profit des patrons et des actionnaires, et non de l’intérêt des salariés, des entreprises et du pays lui-même. C’était déjà le cas, d’après lui, de certaines des entreprises industrielles les plus puissantes en Autriche. Compte tenu de ce qui est en train de se passer en ce moment, il y a des textes de la Fackel qui, même s’ils ont été publiés dans les premières années du XXe siècle, sont particulièrement intéressants à relire aujourd’hui.

Puisqu’il faut s’occuper de ce qui nous concerne et de ce que nous pouvons faire, pour notre part, il y a des raisons de s’inquiéter de la façon dont la relation du monde intellectuel à l’univers du marché universel et au pouvoir de l’argent a changé. On est évidemment loin de l’époque de Sartre. Il y a quelque chose d’assez insupportable dans la façon dont tout le monde, intellectuels compris, s’accorde aujourd’hui pour célébrer les vertus du capitalisme triomphant, de la croissance sans fin et de la compétition sans règles pour la suprématie économique.

Quand on sait qu’il y a 6000 travailleurs qui meurent chaque année dans les mines en Chine, cela donne sérieusement à réfléchir. Je ne parle pas, bien entendu, de la situation de l’Afrique. Quand j’entends parler de « la France qui gagne », je ne peux pas m’empêcher de penser que, de façon générale, qu’il s’agisse des individus ou des nations, certains ne gagnent que parce que d’autres perdent.

Propos recueillis par Evelyne Rognon et Régine Tassi

Philosophe réaliste, éminent spécialiste de Wittgenstein et de la philosophie analytique, Jacques Bouveresse est aussi connu pour des ouvrages critiques sur les impostures scientifiques et intellectuelles. Il est professeur au Collège de France où il occupe la chaire de philosophie du langage et de la connaissance.


Les besoins en énergie et en eau deviennent incompatibles

mars 27, 2008

Les besoins en énergie et en eau deviennent incompatibles

14 mars 2008

La production d’énergie et la ressource en eau sont indissociables. Il faut beaucoup d’eau pour produire de l’énergie. Il faut beaucoup d’énergie pour fournir de l’eau. Les deux sont inextricablement liés, et les besoins s’accroissent pour ces deux ressources. L’arrivée des biocarburants amplifie encore ce problème. Ce ne sont pas moins de 23 000 litres d’eau qui sont nécessaires pour obtenir les 27 kilos de soja qui à leur tour permettront de produire 4 litres de carburant.

Par Robert S. Boyd, McClatchy Newspapers, 13 mars 2008

« L’approvisionnement en eau est aussi important que celui en pétrole », déclare Charles Groat, un géologue et expert sur ces questions à l’Université du Texas à Austin.

A l’inverse, « l’utilisation de l’eau exige une énorme quantité d’énergie », note Peter Gleick, le président du Pacific Institute for Studies in Development, Environment and Security, situé à Oakland, en Californie.

Au moment où les États-Unis tentent de réduire leur dépendance envers le pétrole en provenance de l’étranger en produisant plus d’énergie à partir de sources internes tels que l’éthanol, ils sont également confrontés à des tensions sur la ressource en eau.

L’eau est nécessaire pour l’exploitation minière du charbon, le forage de puits de pétrole, le raffinage de l’essence, la production et la distribution d’électricité ainsi que pour l’élimination des déchets, note M. Gleick.

« La principale utilisation de l’eau est celle du refroidissement des centrales électriques », a-t-il rappelé lors d’une conférence devant un groupe d’experts réunis sur le thème des interactions entre eau et énergies, à Boston le mois dernier.

Aux dires de Vince Tidwell, un expert de gestion de l’eau au Sandia National Laboratory d’Albuquerque au Nouveau Mexique, plus de 40% de l’eau pompée des rivières, des lacs et des puits serait utilisée pour la production d’énergie, et le reste principalement pour l’irrigation.

Si la majeure partie de l’eau utilisée pour la production d’énergie retourne à sa source, elle est souvent polluée, réchauffée, et présente une valeur moindre.

En conséquence, « l’utilisation accrue d’eaux saumâtres ou dégradées pourrait s’avérer nécessaire dans certains domaines », a averti le Département de l’Energie US dans un rapport transmis au Congrès l’an dernier.

Sur l’autre versant, de grandes quantités d’énergie sont requises pour pomper, transporter, traiter et distribuer l’eau.

A titre d’exemple, l’agence du California State Water Project, qui capte les eaux dans les montagnes de Tehachapi appartenant au bassin hydrologique de Los Angeles, est « la plus importante utilisatrice d’énergie en Californie, » observe M. Gleick.

(JPG)Le chauffage de l’eau pour les usages domestiques, vaisselles, lessives, douches, est également gros consommateur d’énergie.

« L’usage d’un robinet d’eau chaude pendant cinq minutes, est équivalent à la consommation d’une ampoule électrique de 60 watts pendant 14 heures », selon les calculs de M. Gleick. « La meilleure façon d’économiser l’énergie serait peut-être d’économiser de l’eau chaude, » conseille-t-il.

Par le passé, la plupart des conflits pour l’accès à l’eau sont nés dans des régions arides, en raison des besoins de l’agriculture pour une ressource limitée. Mais la demande issue du secteur de l’énergie commence à influer sur la politique de l’eau et vice-versa.

Gleick cite ces exemples : La Tennessee Valley Authority a dû réduire la production d’une centrale nucléaire pour éviter toute surchauffe de la Tennessee River. La ville de Londres a rejeté un projet d’usine de dessalement d’eau, car trop gourmand en énergie. Amsterdam devrait de son côté se lancer tout d’abord dans la construction d’éoliennes pour produire de l’électricité, avant de pouvoir créer une usine de dessalement.

L’une des difficultés rencontrée provient du fait que n’existe aucune instance chargée de coordonner à un haut niveau l’utilisation de l’eau et de l’énergie. Au moins 20 organismes fédéraux, de même qu’une multitude d’Etats et de collectivités locales, exercent une responsabilité partagée en la matière.

« Nul n’est responsable », remarque M. Groat, ancien directeur de l’US Geological Survey à Washington. « Les planificateurs des projets du secteur de l’énergie considèrent que nous aurons suffisamment d’eau. Et les planificateurs des projets pour l’eau partent de l’hypothèse qu’ils auront suffisamment d’énergie. »

Le problème va s’aggraver, selon Michael Webber, un ingénieur en mécanique à l’International Center for Energy and Environmental Policy, qui rassemble scientifiques et ingénieurs à l’Université du Texas à Austin.

« Les carburants du futur risquent d’être très intensifs en consommation d’eau », prévient-il.

En effet, selon M. Webber, parcourir 1,6 km grâce à l’éthanol nécessite de consommer 600 litres d’eau pour irriguer le maïs à partir duquel il aura été produit. Même les véhicules dotés d’une propulsion hybride et pourvus de batteries, qui sont considérés comme les plus efficace, consomment l’équivalent de 10 litres d’eau pour chaque 1,6 km parcouru, dit-il.

L’unité de compte se transforme. Au lieu calculer la consommation en comptabilisant les « km par litre d’essence, on bascule vers le décompte des litre d’eau par kilomètre, » note-t-il.

Malheureusement, la ressource en eau ne cesse de diminuer alors même que la demande en énergie augmente.

« Les inquiétudes au sujet du climat, couplées au déclin constaté sur le niveau des nappes phréatiques, conduisent à penser qu’à l’avenir c’est moins d’eau douce, et non plus, qui sera disponible, » indique le rapport « Demande d’Energie et Ressources en Eau », publié l’an dernier par le Département de l’Energie.

« Les ressources en eau de surface n’ont pas augmenté en 20 ans, et les nappes phréatiques et les réserves sont en baisse à un rythme alarmant », indique ce document. « Certaines régions ont vu le niveau des nappes phréatiques baisser de 100 à 300 mètres au cours des 50 dernières années. »

« Si nous basculons de la consommation du pétrole en provenance de l’étranger vers celle de l’eau sur notre territoire, il faut nous assurer que nous en avons » suffisamment met en garde M. Webber.

Sur le Web :

Le rapport de l’Energy Department US : “Energy Demands on Water Resources.”